Philippe à Buenos-Aires

Entrée de juillet 2008

Primer o tercer mundo ?

16 juillet 2008 · Laisser un commentaire

En fait, au départ, mon blog devait s’appeler « Primer o tercer mundo ? »… Il y a un an maintenant, quand je me suis installé définitivement à Buenos-Aires, je me suis fait un peu piéger par le côté occidental de cette ville. Les immeubles au style « haussmannien », l’impression (fausse) que la très grande majorité des habitants sont d’origine européenne, la nourriture, etc. Tout fait un peu penser à disons… l’Italie ou l’Espagne d’il y a une vingtaine d’années.

 

Mais un jour, alors que je discutais avec un comptable sur la création de notre entreprise et qu’il tentait désespérément de me faire comprendre qu’ici beaucoup de choses se font au noir, celui-ci voyant ma réticence a l’idée d’entrer dans des combines qui perturberaient gravement mon côté socialo français, s’est énervé : – « Mais ici ce n’est pas le premier monde mais le tiers monde ! » (En espagnol, le contraire de tercer mudo, c’est primer mundo… comme d’ailleurs, le contraire de au noir, « al negro », qui se dit au blanc, « al blanco » !). Donc, une fois sorti du bureau de ce comptable, cette idée de tiers monde a commencé à me perturber gravement.

 

–« Allo Maman, ne t’inquiètes pas, finalement je vis dans un pays du tiers monde, mais tout va bien ! »

 

Avec une sœur installée à San Francisco, un frère à Boston, comment dire à mes parents que j’ai « raté une correspondance » ? Alors, chaque jour, pendant des semaines, tout était sujet dans mon esprit binaire (cf. « Info ? Intox ? ») à chercher la réponse à cette angoissante question : « Primer o tercer mundo ? ».

 

Les coupures d’électricité ou de gaz, les cartoneros qui font les poubelles, l’état des bus et en général de tout ce qui circule sur deux, quatre (ou plus) roues, la pollution, le bruit… ça c’est « tiers monde »… (Je ne sais pas pourquoi, mais il me vient à l’esprit la musique de la série Palace : « Ça c’est Palace !).

 

Les hypermarchés et les centres commerciaux relativement bien garnis, les télécommunications, le câble, le wi-fi (tout le métro de Buenos Aires est équipé depuis d’années en Wifi gratuit, ce qui ne sert pas à grand monde, parce que s’installer avec son PC sur un quai de métro ce n’est pas le top !), la violence (relativement moins grave que dans le reste de l’Amérique Latine), la vie culturelle et artistique… C’est plutôt « primer mundo » ! J’ajoute aussi qu’en regardant la télévision argentine, on a parfois d’impression qu’ils parlent de ce pays comme d’une grande puissance !

 

Puis voyant qu’en comparant tout et n’importe quoi, je n’arrivais pas à trouver la réponse, je me suis tourné vers les Argentins pour leur poser la même question : -« C’est quoi ici, c’est le primer ou le tercer mundo ? » Et là, j’ai encore moins trouvé la réponse ! J’ai eu droit à toute la palette, allant de la réponse franche et directe : « Ah ici, c’est VRAIMENT le tiers monde et si tu ne t’en es pas déjà aperçu, c’est grave pour toi ! » en passant par, « Regarde chez nos voisins (Paraguay, Bolivie, Pérou, etc.), tu verras ce que c’est que le tiers monde ! ». J’ai posé la question partout : à mes professeurs d’espagnol, à la caissière du Carrefour, aux amis, à la famille… Je n’ai jamais eu deux fois la même réponse !

 

Au final, la seule réponse qui m’a convaincue a été la plus simple : -« Mais ici que cela soit le premier ou le tiers monde, ça n’est pas important… Le problème c’est que nous sommes le seul pays au monde à pouvoir passer de l’un à l’autre en 15 jours comme en 2001 où le pays a fait faillite ! » Alors depuis, je tente de gérer mes angoisses :

 

- «  Allo Maman, mon nouveau pays vient encore de faire faillite ! »

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