Philippe à Buenos-Aires

Entrée de septembre 2008

Pas de confiture (de vin de Sauternes…) pour les cochons !

30 septembre 2008 · Un commentaire

Ce qui est pratique avec la rédaction d’un blog en français tout en vivant dans un pays qui parle uniquement espagnol c’est qu’il est possible d’y régler ses (petits) comptes sans trop de risque de fâcher quelqu’un ! Je m’explique : samedi soir, anniversaire de Marcos oblige, quelques amis très proches, uniquement argentins, étaient invités à la maison. Nous avons donc avec Marcos décidé de mettre les petits plats dans les grands… J’ai investi la cuisine pour y adopter la position du missionnaire… culinaire, chargé d’évangéliser les Argentins aux goûts et aux saveurs françaises. Au menu : plein de petites salades inédites ici comme des concombres à la crème… Mais aussi des tomates farcies aux œufs mimosa… Du foie gras… Et surtout un plateau de fromage comme on en voit rarement ici avec du pont l’évêque, du saint nectaire, du chèvre et même un camembert au lait cru, secrètement transporté depuis Paris au nez et à la barbe des douaniers argentins.

 

Après plusieurs heures de boulot, les premiers amis sont arrivés avec une première surprise : L’un d’eux nous apportait deux horribles pizzas ! Il paraît que cela se fait ici de venir dîner chez des amis avec sa pizza !

 

Après l’apéritif, nous sommes passés à table … Les salades fraîches après une chaude journée ont eu un certain succès… Les tomates aux œufs mimosa, un peu moins. Le plateau de fromage n’a fait que déclencher quelques blagues sur l’odeur du pont l’évêque… Mon camembert au lait cru n’a été entamé que… par moi-même. Quant au fromage de chèvre, qui provoque parfois en Argentine des réactions identiques a celles qui sont rencontrées en France sur la viande de cheval, celui-ci est resté intacte…

 

Mais le pire a été le foie gras appelé dès le départ « pâté » et traité comme tel, c’est-à-dire grossièrement tartiné sur une tranche de pain de mie… Mais là, j’ai rusé en prévoyant le coup : au lieu d’ouvrir le bocal d’un super foie gras entier, j’ai préféré une conserve beaucoup plus petite, moins bonne et surtout moins chère ! Une fois servie, j’ai attendu de voir les réactions ou plutôt l’absence de réaction pour comprendre que je pouvais garder mon foie gras de meilleure qualité pour un autre dîner… Quant à mon pot de confiture de vin de Sauternes, dont une petite cuillère aurait accompagné de manière fantastique ce bon foie gras, j’ai préféré là aussi l’oublier.

 

Je crois qu’avec le fromage français, le plaisir d’un bon foie gras est certainement l’une des choses les plus difficiles à faire partager à des amis étrangers. Dans un premier temps, vous pensez à évoquer les fêtes familiales ou les repas de fin d’année pour tenter d’expliquer l’importance culturelle de ce « pâté »… Puis, devant la moue de vos invités, vous vous lâchez en évoquant le prix de la bouchée que certains font passer avec une gorgée d’eau gazeuse, genre : « Là tu as l’équivalent d’un bon kilo de viande de bœuf dans la bouche ! ». Puis, par dépit vous tentez de jouer sur la corde antiyankee en expliquant que dans certains états américains, le foie gras est interdit parce que les canards ou les oies souffriraient d’être forcés à manger 15 fois leur poids à l’aide d’entonnoirs enfoncés jusqu’à l’estomac ! Et là, avec ce dernier argument, vous avez au moins la chance de sauver ce qui reste de votre foie gras que vous pourrez savourer tranquillement le lendemain, avec votre confiture de vin de Sauternes !

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Mariage argentin…

27 septembre 2008 · Un commentaire

Cette semaine, c’était mariage… Enfin plus exactement union civil, c’est le nom du PACS à Buenos-Aires. Ce n’est pas encore un vrai mariage mais cela y ressemble plus que cette humiliation imposée en France aux homos (et pas aux hétéros puisque eux ont droit à un vrai mariage) avec cet « accueil » dans un bureau sordide d’un tribunal pour signer sa déclaration d’amour… J’ai encore le souvenir du jour de notre PACS avec Marcos, de la voix de cette femme au Tribunal d’Instance du Xe arrondissement, braillant « Pas plus de 3 personnes dans le bureau ! »… Je dois avouer qu’ici, quand je raconte à mes amis argentins qu’en France l’équivalent de l’union civil se signe dans un coin de tribunal entre un conflit de voisinage, une demande de divorce ou une plainte contre un commerçant malhonnête, ils ont du mal à me croire… Merci encore à cette droite française. Je me souviens encore de ce déjeuner, il y a quelques années, où je m’étais retrouvé assis à côté d’une députée UMP, députée devenue depuis l’une des porte-paroles du parti sarkoziste et à qui je demandais les mêmes droits pour les couples homos accordés aux couples hétéros… Elle n’arrêtait pas d’éructer : « oui, oui… Nous allons améliorer le PACS… mais pas le mariage ! ». Résultat : nous attendons toujours les « améliorations » du PACS et à défaut de mariage, nous gardons les humiliations !

 

Donc, je disais, c’était mariage à l’argentine cette semaine. Je préfère mariage à union civil parce que tout, absolument tout semblait identique à un mariage, le mariage de Ricardo et Nico, le 24 septembre 2008 à Buenos Aires. Tout y ressemblait, à commencer par le lieu, la salle… celle des mariages. Une salle où nous précédait un « vrai » mariage, pardon, pas « vrai » mais hétéro sauf… qu’il n’était pas possible d’y jeter du riz sur les nouveaux mariés !

 

Salle des mariages "Il est interdit de jeter du riz dans l'établissement"

"Il est interdit de jeter du riz dans l'établissement"

Avec nos « jeunes » mariés (« jeunes » ? Bon, Ricardo et Nico sont ensemble depuis… 18 ans ! 18 ans qu’ils vivent dans le pécher…) nous avons patiemment attendu notre tour dans l’antichambre de la salle des mariages sous un poste de télé diffusant… une vieille, très vieille émission d’Apostrophe avec une interview de Marguerite Yourcenar par Bernard Pivot ! (Ce-la-ne-s’in-ven-te-pas !).

 

 

 

Puis, le mariage hétéro nous précédant terminé, nous sommes entrés à notre tour avec les « jeunes » mariés… dans la salle où le riz est interdit. Là, une sorte d’adjointe au maire a fait un petit discours et dit les phrases qui me paraissaient rituelles pour concrétiser le mariage, pardon, l’union civil

 

 

Les deux témoins ont signé (encore une différence avec le PACS…) et les deux « jeunes » tourtereaux (enfin, ils ne sont pas si « jeunes » quand même), se sont gentiment embrassés… sur la joue ! Tout cela respirait la tolérance, la liberté, l’égalité et un peu plus que la fraternité. Tout cela c’était ce 24 septembre 2008, à Buenos-Aires. Ensuite, nous sommes allés boire du champagne… argentin. Le champagne français aurait eu un goût amer je crois.

 

Tout cela a aussi donné des idées à Marcos. Une salle des mariages (même sans riz), des témoins, du champagne (argentin)… Je crois que nous allons aussi y passer d’ici quelques semaines. Ce qui est bien avec les PACS et autres union civil, c’est que nous les homos, nous pouvons nous payer le luxe de nous unir officiellement dans deux pays à la fois sans que cela ne gène personne. Un grand merci au Pape, à toutes les droites du monde et à cette députée qui m’a promis de faire « évoluer le PACS » !

 

 

 

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Bienvenue au pays des queues…

13 septembre 2008 · Laisser un commentaire

Je vous vois venir, les pervers (et perverses), accrochés à vos flux RSS et l’œil humide, venant de cliquer fébrilement sur la promesse d’un « post » (comme on dit) salasse, plein de stupre et de sexe… Mais vous faites erreur, mon but n’est pas de vous entretenir de pénis, de verges, de bites (argentines) mais de files d’attente. J’aurais pu vous gratifier du titre tout aussi alléchant de « Bienvenue au pays des files d’attente » mais c’est moins poétique ! Ou j’aurais pu choisir un titre beaucoup plus long, donc plus en accord avec le thème, genre « Bienvenue au pays où l’on attend beaucoup parce que les files d’attente y sont souvent longuess», mais « Bienvenue au pays des queues » est plus ramassé, plus direct.

 

Donc parlons des files d’attente qui sont ici une part importante de notre activité quotidienne. En Argentine, on attend partout et pour tout. La banque bien sûr, c’est un classique depuis la crise de 2001. Il est impressionnant de voir les files d’attente le matin devant les portes des banques avant l’ouverture, files d’attente composées essentiellement de personnes âgées et même parfois très âgées, debout malgré leurs problèmes de santé, venant récupérer leurs maigres pensions de retraités.

 

La poste, où il est courant d’attendre une, deux, trois heures pour récupérer un paquet. A ce propos, une petite parenthèse sur « la poste » en Argentine… Ici tout a été privatisé même le courrier. Il y a plusieurs sociétés dont l’opérateur historique Correo Argentino, mais aussi Correo Andreani ou l’OCA… Ainsi, il est possible de voir toutes sortes de boites aux lettres de différentes marques. Comme je n’ai jamais posté une lettre ici, je ne sais pas comment cela fonctionne précisément à part que cela fonctionne mal, très mal. Je vais souvent récupérer des paquets à la poste et il me faut prévoir une demi-journée pour cela… Il faut vous préparer à cela en France puisque la privatisation totale de la poste est en marche. Je ne peux donc que vous conseiller de savourer pleinement les petites queues, comparées à celles d’Argentine, que vous rencontrez dans les bureaux de poste français.

 

Il y a aussi des files d’attente dans des lieux plus atypiques pour nous les Français, comme aux arrêts de bus. Dans un pays aussi indiscipliné, il est toujours impressionnant de voir les gens alignés attendre le bus (un peu comme à Cuba), bus qui parfois passe sans s’arrêter, puisqu’il est plein !

 

Et puis, il y a la queue dans les commerces et les supermarchés. Tout le monde semble résigné de devoir poireauter une demi-heure devant la caisse avec son Caddie plein et souvent pendant que monsieur attend, madame poursuit ses courses en venant remplir un peu plus de Caddie… Dans pratiquement tous les commerces, il y a à l’entrée un distributeur de petits numéros en papier, numéro qu’il ne faut pas oublier une fois entré dans sa boulangerie, chez son boucher ou sa pharmacie. Parfois c’est un peu risible de voir seulement une personne qui attend devant vous mais de devoir prendre son petit ticket, mais cela fait partie de la coutume locale.

 

Il reste un mystère pour moi dans ce pays où il y a tellement de gens qui cherchent à gagner de l’argent par les moyens parfois les plus fous. Pourquoi personne n’a jamais eu l’idée de se lancer dans le business des queues ? Je veux dire, par exemple la revente de numéros mieux placés dans la file d’attente…

 

–« Vous ne voulez pas attendre une heure ? Je vous vends 5 pesos un numéro qui vous fait passer avant tout le monde ! »

 

PS : À utiliser autant de fois le mot « queue », je ne vous dis pas comment je vais gonfler le trafic de mon blog avec les gens qui tapent ce mot sur Google !

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La « movida porteña »…

10 septembre 2008 · Laisser un commentaire

Je ne sais pas si c’est le résultat des années noires qu’a vécu ce pays ou de la médiocrité des programmes de télé ici, mais Buenos-Aires est une ville de spectacles. Il faut marcher un soir sur Corrientes, la grande avenue du centre ville quand, à la sortie des théâtres et des music-halls, des milliers et des milliers de spectateurs sortent. Une foule humaine impressionnante dans un décor digne de Broadway avec ses panneaux lumineux géants.

Aller au théâtre ici c’est comme aller au cinéma. Il n’est même parfois pas nécessaire de réserver pour certains spectacles. En plus, les prix sont souvent très bon marché. L’entrée de la pièce “Las Mujeres Sabias” , que nous avons vu il y a 15 jours au Théâtre San Martin était à 30 pesos quasiment au premier rang… Le public est impressionnant. Il réagit aux chanteurs ou aux comédiens qui se produisent sur la scène, lui répond même. La télé annonce et surtout promotionne les spectacles, les concerts à grand coup de reportages, de direct depuis les coulisses. Cela donne une proximité aux “vedettes” qui sont sur scène. L’été (janvier et février) les meilleurs spectacles se déplacent vers Mar del Plata ou Villa Carlos Paz

Et puis il y a encore ici de véritables spectacles de music-hall comme au Maipo où nous sommes allés il y a quelques jours. Des comiques, des acrobaties, du « charme » (pas vulgaire), de la chanson… Les uns après les autres proposent leur numéro. Je ne sais pas pourquoi Paris a perdu cela, mais là aussi je suis bien content d’être ici !

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« Gronica » TV !

6 septembre 2008 · Laisser un commentaire

Ah Cronica TV ! Comment vous parler de cette chaîne de télé argentine qui pourrait être un mélange de LCI, BFM TV avec le journal Détective ou un « tabloïd » anglais, le tout à Groland ! Cette chaîne existe depuis 1994 (l’année de la création par TF1 de LCI en France !) et a été créée par le propriétaire d’un quotidien du même nom, quotidien populaire « à sensation » spécialisé dans les faits divers.

Au départ, ce canal fût un peu une « révolution » ici. À l’aide de directs partout dans l’agglomération de Buenos Aires mais aussi parfois dans le reste du pays, cette chaîne montre tout ce qui se passe sans aucun recul ni analyse, je serais tenté de dire sans « journaliste » même s’il y a quand même quelqu’un qui porte un micro et questionne ou plutôt interroge « les gens ». Cela donne parfois (souvent) des scènes ou le « journaliste » entraîne son caméraman à dix centimètres d’une flaque de sang après un hold-up ou un accident de la route pour un gros plan commenté d’un ton hystérique : « Regardez, il y a du sang… Il est encore frais ! ». En plateau, un présentateur égraine les infos d’un ton monocorde devant l’image d’un drapeau argentin géant qui flotte dans les airs… Pour la météo c’est encore plus « télé concierge » avec, par exemple, un énorme : « 15° : il reste encore 28 jours avant le printemps » ou « Il pleut ! Attention, ça glisse ! »…

Mais le plus hallucinant reste les informations écrites qui sont diffusées en grosses lettres blanches sur un fond rouge (les célèbres « placas rojas » de Cronica TV) avec pour seule musique tournant en boucle la marche militaire The Stars and Stripes Forever de John Philippe Sousa et toujours cette voix monocorde qui annonce :

- « 9 ans de prison pour l’homme qui a tué le propriétaire d’un chien qui avait volé des saucisses »
- « Pizzeria macabre : il y avait de la viande de chien dans les empanadas »
- « Elle pèse 150 kilos, est professeure et stripteaseuse… Une véritable bombe ! »
- « Ils tuent un chien et expliquent qu’il était possédé par le démon ».

Le décalage incroyable entre cette marche plutôt joyeuse jouée par toutes les fanfares les universités américaines avec l’annonce de faits divers parfois terribles est proprement, pardon salement, surréaliste ! Parfois, aux détours de ces « placas rojas », le caractère populiste et xénophobe de la chaîne ressort cruellement comme le jour où ils ont annoncé la « mort de deux personnes et d’un Bolivien »…

Avant de vous laisser regarder une parodie (ci-dessous) comme il est possible d’en trouver des dizaines sur Internet, je dois vous prévenir que ce que vous allez voir est en tout point ce que diffuse Cronica TV, seule l’histoire de cet accident de train est fausse. La « mise en image » correspond rigoureusement à celle des « programmes » de Cronica TV…

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