Ce qui est pratique avec la rédaction d’un blog en français tout en vivant dans un pays qui parle uniquement espagnol c’est qu’il est possible d’y régler ses (petits) comptes sans trop de risque de fâcher quelqu’un ! Je m’explique : samedi soir, anniversaire de Marcos oblige, quelques amis très proches, uniquement argentins, étaient invités à la maison. Nous avons donc avec Marcos décidé de mettre les petits plats dans les grands… J’ai investi la cuisine pour y adopter la position du missionnaire… culinaire, chargé d’évangéliser les Argentins aux goûts et aux saveurs françaises. Au menu : plein de petites salades inédites ici comme des concombres à la crème… Mais aussi des tomates farcies aux œufs mimosa… Du foie gras… Et surtout un plateau de fromage comme on en voit rarement ici avec du pont l’évêque, du saint nectaire, du chèvre et même un camembert au lait cru, secrètement transporté depuis Paris au nez et à la barbe des douaniers argentins.
Après plusieurs heures de boulot, les premiers amis sont arrivés avec une première surprise : L’un d’eux nous apportait deux horribles pizzas ! Il paraît que cela se fait ici de venir dîner chez des amis avec sa pizza !
Après l’apéritif, nous sommes passés à table … Les salades fraîches après une chaude journée ont eu un certain succès… Les tomates aux œufs mimosa, un peu moins. Le plateau de fromage n’a fait que déclencher quelques blagues sur l’odeur du pont l’évêque… Mon camembert au lait cru n’a été entamé que… par moi-même. Quant au fromage de chèvre, qui provoque parfois en Argentine des réactions identiques a celles qui sont rencontrées en France sur la viande de cheval, celui-ci est resté intacte…
Mais le pire a été le foie gras appelé dès le départ « pâté » et traité comme tel, c’est-à-dire grossièrement tartiné sur une tranche de pain de mie… Mais là, j’ai rusé en prévoyant le coup : au lieu d’ouvrir le bocal d’un super foie gras entier, j’ai préféré une conserve beaucoup plus petite, moins bonne et surtout moins chère ! Une fois servie, j’ai attendu de voir les réactions ou plutôt l’absence de réaction pour comprendre que je pouvais garder mon foie gras de meilleure qualité pour un autre dîner… Quant à mon pot de confiture de vin de Sauternes, dont une petite cuillère aurait accompagné de manière fantastique ce bon foie gras, j’ai préféré là aussi l’oublier.
Je crois qu’avec le fromage français, le plaisir d’un bon foie gras est certainement l’une des choses les plus difficiles à faire partager à des amis étrangers. Dans un premier temps, vous pensez à évoquer les fêtes familiales ou les repas de fin d’année pour tenter d’expliquer l’importance culturelle de ce « pâté »… Puis, devant la moue de vos invités, vous vous lâchez en évoquant le prix de la bouchée que certains font passer avec une gorgée d’eau gazeuse, genre : « Là tu as l’équivalent d’un bon kilo de viande de bœuf dans la bouche ! ». Puis, par dépit vous tentez de jouer sur la corde antiyankee en expliquant que dans certains états américains, le foie gras est interdit parce que les canards ou les oies souffriraient d’être forcés à manger 15 fois leur poids à l’aide d’entonnoirs enfoncés jusqu’à l’estomac ! Et là, avec ce dernier argument, vous avez au moins la chance de sauver ce qui reste de votre foie gras que vous pourrez savourer tranquillement le lendemain, avec votre confiture de vin de Sauternes !



