Philippe à Buenos-Aires

Entrée de octobre 2008

J’ai (enfin) rencontré le roi de Jordanie !

28 octobre 2008 · Un commentaire

Non, je ne blague pas !

 

Je me trouvais l’autre jour par hasard place San Martin, en plein cœur de Buenos-Aires quand je suis tombé sur une cinquantaine de « soldats de plomb » bien alignés ! Les Argentins ont le chic pour habiller leurs soldats d’apparat comme des soldats de comtes de fées…

 

 

 

 

 

 

 

Donc, place San Martin, une place qui, pour la petite histoire, sert souvent de décor à des films de pub en particulier français comme celui pour notre TGV où des voyageurs volent dans les airs avant d’atterrir… sur cette place en plein Buenos Aires ! (Il est formidable notre TGV !)

 

 

 

 

Pourquoi cette place ? D’abord parce que cela fait toujours plaisir aux créatifs des agences de « vieille pub » du « premier monde » (J’en ai croisé quelques-uns comme ce petit gros directeur de création qui sévit sur les Champs-Élysées…) de s’offrir un beau voyage gratuit à l’autre bout du monde… Ensuite, coup de pot pour ces « pubeux », la place San Martin ressemble à beaucoup de places de préfectures ou de sous-préfectures françaises et cerise sur le gâteau les salaires et surtout le droit à l’image des figurants argentins permet de récupérer sur le budget du film les billets d’avion en business, les hôtels cinq étoiles (etc…) de ces mêmes « pubeux » !

 

 

Mais revenons à notre roi de Jordanie ! Donc, arrivé devant cette mini-relève de la garde, je reconnais quelques drapeaux jordaniens accrochés aux côtés de très nombreux drapeaux argentins. Visiblement notre roi de Jordanie se déplace sans son « kit voyage officiel » complet ! À l’évidence, ils ont certainement dû avoir du mal à trouver plus de trois drapeaux jordaniens dans tout Buenos Aires… Vous l’avez compris, il y avait bien de la visite officielle dans l’air, mieux de la visite royale…

 

Après quelques minutes d’attente, nous avons vu arriver notre petit roi (petit mais beaucoup moins gras que notre directeur de création susmentionné !), sans sa charmante femme, la Princesse Rania, sorte de « Lady Di » du Proche-Orient… Notre petit roi est alors passé à deux mètres de nous, sans tout de même daigner nous serrer la main mais en nous adressant un large sourire (Je crois que les relations entre la France et la Jordanie sont au beau fixe, en tout cas, son large sourire à mon égard semble en avoir été le signe indiscutable). Certes, pour être honnête, il faut vous dire que nous ne devions pas être beaucoup plus d’une centaine de badauds à le voir passer.

 

Le roi, c'est le petit à gauche... sur le tapis rouge !

Le roi, c'est le petit à gauche... sur le tapis rouge !

 

Mais le plus étonnant dans ce mini-défilé royal reste la quasi-absence de service de sécurité. À Paris, une telle visite aurait impliqué plusieurs tireurs d’élite sur les toits des immeubles alentours, un quartier totalement bouclé et une dizaine de cars de CRS… Ici, rien de plus que nos « soldats de plombs » armés de beaux sabres, deux policiers en uniforme et quelques costards sombres visiblement plus préoccupés par le respect du protocole par l’hôte de marque que par un quelconque danger… Le roi de Jordanie n’est peut-être pas dans le « Top Ten » des chefs d’états menacés par un attentat terroriste mais il n’en est pas loin…

 

En tout cas, espérons que notre roi de Jordanie avait laissé son portefeuille dans le coffre fort de sa chambre d’hôtel ! Peut-être aussi que sa femme ne l’a pas suivie par peur d’être la victime d’un vol à l’arraché de son sac à main ? Moi, j’ai bien fait attention à mon appareil-photo, à mes poches, à mon sac, à mes chaussures… parce que dans la centaine de badauds, il y en avait bien un bon quart qui n’était là que pour faire les poches de celles et ceux trop occupés à regarder notre petit roi passer !

 

C’est comme cela la douceur de vivre à Buenos-Aires.

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Un petit moment de poésie…

15 octobre 2008 · Un commentaire

L’autre jour, avec la maman de Marcos, nous montons dans un taxi… Le chauffeur à bien soixante dix ans, c’est fréquent à Buenos-Aires depuis la crise de 2001 qui a fait fondre les retraites de beaucoup de personnes âgées. Comme souvent, après avoir écouté pendant quelques minutes mon espagnol de « franchoute »… (Petite parenthèse : ici en Argentine, mais aussi dans beaucoup de pays d’Amérique Latine, et peut-être ailleurs, un français se surnomme en argot un « franchoute ». Ce n’est pas une injure, mais c’est quand même assez familier…) Donc, revenons à notre taxi qui entendant mon accent me pose la question rituelle :

 

-          « Tu es d’où ? »

-          « De France ! »

-          « Et d’où en France ? »

-          « De Paris… »

 

A ce mot magique, le chauffeur de taxi entonne un air de tango dont j’ai retrouvé les paroles sur Internet :

 

Mademoiselle Ivonne, era una pebeta
que en el barrio posta del viejo Montmartre
con su pinta brava de alegre griseta,
animó las fiestas de Les Quatre Arts.

Era la papusa del Barrio Latino,
que supo a los puntos del arte inspirar,
pero fue que un día llegó un argentino
y a la francesita hizo suspirar.

Madame Ivonne…
la cruz del sur fue como un signo
Madame Ivonne…
fue como el signo de tu suerte.

Alondra gris,
tu dolor me conmueve;
tu pena es de nieve,
Madame Ivonne…

Han pasados diez años que zarpó de Francia.
Mademoiselle Ivonne… hoy solo es madame,
la que al ver que todo quedó en la distancia,
con ojos muy tristes bebe su champagne.

Ya no es la papusa del Barrio Latino,
ya no es la mistonga florecita de lis…
ya nada le queda… ni aquel argentino
que entre tango y mate la alzó de París.

 

La traduction :

 

Mademoiselle Yvonne était une môme

qui vivait dans l’accueillant quartier du vieux Montmartre

avec son allure voyante de joyeuse grisette,

égayant les fêtes des Quatre Arts.

 

C’était la poulette du Quartier Latin,

qui savait inspirer les artistes,

mais un jour débarqua un argentin,

et la petite française il fit soupirer.

 

Madame Yvonne…

La Croix du Sud fut comme un signe.

Madame Yvonne…

fut comme le signe de ton destin.

 

Grise alouette,

ta douleur m’a bouleversé;

ton chagrin est de neige,

Madame Yvonne…

 

Dix ans ont passé depuis qu’elle a lâché la France,

Mademoiselle Yvonne… n’est plus que Madame.

Celle à la vue de qui tous s’éloignent,

avec des yeux très tristes, buvant son champagne.

 

Elle n’est plus la papesse du Quartier Latin,

elle n’est plus la petite fleur de lys…

Il ne lui reste plus rien… pas même son argentin,

qui entre un tango et un maté, l’a arraché de Paris.

 

Et notre chauffeur de taxi, pour justifier cette chanson parlant de France nous montre sa main. A l’un de ses doigts, une chevalière avec les couleurs du drapeau français. Puis il nous montre sa licence de taxi comportant son nom : Bonnecaze.

 

-          « Mon père a quitté la France au début du siècle dernier. Il était du Pays Basque français… »

 

En vérifiant sur Internet, Bonnecaze serait un patronyme typique du Béarn genre « Bonnemaison » ailleurs. Ici, les argentins originaires de France formeraient la troisième communauté après les espagnols et les italiens. Tout cela nous donne droit parfois à quelques minutes de poésie dans un taxi. À Paris, la poésie dans un taxi, c’est beaucoup plus rare !

 

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