Notre voyage en Patagonie nous amenait trop près de la Cordillère des Andes et du Chili pour ne pas nous donner l’envie d’y passer quelques jours. Notre itinéraire : Bariloche – Osorno, avant de poursuivre un peu plus au sud, mais de ce court séjour au Chili, je vous reparlerai plus tard.
Donc, nous voilà longeant le lac Nahuel Huapi pour atteindre après quelques kilomètres d’une route relativement bonne, le poste-frontière argentin.
Première surprise, 40 kilomètres séparent ce poste douanier de celui de leurs collègues chiliens ! Entre les deux, une sorte de route sans habitant ni village, tout en côtes puis en descentes, accompagnée par de gros camions et surtout par des bus pas du tout prêts à ralentir, Cordillère des Andes ou pas !
Les formalités de passage sont longues… Visa, papiers de la voiture, mais tout reste bon enfant. Une blague sur le français de passage… Nous pouvons maintenant attaquer la traversée de cette frontière naturelle où, même au printemps il reste de la neige.
Marcos, dont certains d’entre vous connaissent le goût pour les choses « kitchs » a embarqué quelques CD qu’il a achetés à Bariloche se plaignant de l’absence de « musique ». Son préféré semble être une compilation de… Nana Mouskouri ! Allez, pour la route, je vous en mets un morceau :
Donc premiers virages…
« Quand je chante, je chante avec toi liberté… ».
Puis…
« Quand je chante, je prie avec toi liberté… »…
Nous voyant « aborder » le poste-frontière du Chili post-Pinochet avec cet hymne révolutionnaire, je zappe discrètement pour continuer les virages suivants avec un « Ave Maria » plus « catholique », musique qui diffusée dans le bus qui nous double à plus de 100 km/heure ferait vomir tous ses passagers ! Si nous tombons sur un vieux douanier amoureux de Pinochet, il est capable de vouloir démonter la voiture en guise de représailles… Je me souviens du film « Meurtre meurtrier à Broadway » où Woody Allen, sortant d’un opéra de Wagner dit à Diane Keaton : « Chaque fois que j’écoute du Wagner, j’ai l’impression que les allemands envahissent de nouveau la Pologne ! ».
Nous continuons notre montrée vers les sommets (et les aiguës de Nana) en traversant des forêts sublimes. Les arbres morts sont couverts de lichens…
La pluie et le froid s’intensifient avant notre arrivée au sommet, c’est-à-dire à la limite des deux pays, là où l’histoire a déposé la frontière. Photos souvenir du passage… Vous ne verrez pas la mienne, je fais trop la grimace à cause du froid ! Et puis, j’ai horreur de me voir en photo…
Nous abordons ensuite la descente, toujours doublés par des bus qui là, frôlent les 120 km/heure… Nana est toujours là, occupant toute la banquette arrière avec les deux fois 10 watts de l’autoradio de notre voiture de location. La descente est encore plus belle. La nature y est presque tropicale.
La différence avec le versant argentin est spectaculaire. Il faut dire que la forêt côté chilien bénéficie d’une pluie qui ne semble jamais s’arrêter ce qui nous offre de superbes arcs-en-ciel…
Nous arrivons au poste-frontière chilien où l’ambiance est beaucoup moins détendue que coté argentin. Uniformes verts kaki, chien renifleur, regards tatillons, de nouveau une tonne de papiers à remplir et surtout des menaces de prison pour les amateurs de pommes ou de fromages ! On ne rigole pas quand on rentre au Chili, même avec une présidente socialiste !
Heureusement, nous n’avons ni fromage, ni pomme dans nos bagages… Juste Nana que le chien de la douane chilienne ne semble pas avoir reniflé !
Nous apprenons, par chance, que la douane n’est ouverte que de 8 heures du matin à 21 heures. Dans notre sens, le malheureux voyageur qui arrive à 9 heures 15, sera condamné à passer la nuit dans sa voiture entre les deux postes-frontières… Sympa !
Nous voilà, officiellement, au Chili. La route est nettement moins bonne, pleine de trous et de nids de poules assassins en particulier pour les pneus de la voiture. Mais le paysage est toujours aussi beau.
Nous arrivons dans la vallée où les premières maisons en bois semblent celles de gens très pauvres. Je fais part de ma surprise à Marcos qui me jette un : « Eh oui, c’est ça le miracle économique chilien dont on nous parle depuis Pinochet ! ».
Nous fonçons jusqu’à la ville d’Osorno qui contrairement à son nom n’est pas aux pieds du volcan du même nom… Je crois que cela faisait longtemps que je n’avais pas vu une ville aussi triste et laide. C’est à l’entrée d’Osorno que l’un de nos pneus a rendu l’âme après 60 kilomètres de nids de poules… Heureusement que l’Ave Maria tournant en boucle, la Sainte Vierge et Nana Mouskouri nous ont aidées à trouver rapidement un garage providentiel pour nous réparer notre roue. Finalement, ces deux là sont plus utiles qu’un Saint-Christophe ! Je me demande si je ne vais pas mettre l’Ave Maria en sonnerie de mon portable…
Nous avons ensuite continué notre route vers Puerto Varas et Puerto Montt…
Le jour où… j’ai traversé la Cordillère des Andes en écoutant Nana Mouskouri !





















































