Philippe à Buenos-Aires

Entrée de décembre 2008

Viens faire un tour dans mon parking !

8 décembre 2008 · Laisser un commentaire

Il y a des jours où quand on est expatrié dans un pays non francophone, on se fait un film avec un rien… En d’autres temps, j’aurais entendu la voix d’un célèbre animateur (enfin, aujourd’hui, il est beaucoup moins célèbre depuis qu’il est « exilé » au fond de la grille des programmes de Canal +…) me gueuler : « Alors l’Expert, c’était de l’Intox® ? ».


Donc, il y a quelques semaines, en promenant le chien, je tombais sur une affiche pour laquelle j’avais été obligé d’avoir recours aux explications (que je croyais savantes !) de Marcos…

sexoutlet

Sur l’affiche 4X3, ça s’appelait « Sex Outlet »… « Outlet » signifiant ici (comme aux U.S.A., je crois) magasin d’entrepôt ou de soldes. A priori, mon œil expert (en magasins de soldes ? en pub ? en sexe ? Ou les trois à la fois… À vous de choisir !), me laissait penser à un sex-shop qui faisait des soldes ! Mais le prix unique de 40 pesos (soit un peu plus d’une dizaine d’euros) me laissait dubitatif. Il était ensuite indiqué « 1 turno » qui pourrait se traduire par « un tour »… C’était quoi ce truc de dingue ? Un manège sexuel à 40 pesos le tour ? Dommage que je ne travaille plus avec l’animateur dont je parle ci-dessus, j’aurais pu lui demander son avis sur « la chose ».


Plus étrange encore sur cette affiche, il était mentionné : « 40 cocheras privadas » ce qui pourrait se traduire par « 40 boxes de parking » ! Le tout se terminant par une adresse « physique », enfin si je puis dire et une adresse Internet : www.sexnos.com.ar.

À l’époque, j’avais foncé sur le web pour tomber sur une page « en construction » ! Ils étaient forts, ils se payaient une campagne d’affichage alors que leur site Internet n’était pas encore en ligne… Ça m’avait rappelé quelques souvenirs !

Donc, à l’époque j’avais montré l’affiche à Marcos qui m’avait donné une explication étonnante et plutôt poétique : il s’agissait d’après lui d’une sorte d’hôtel de passe pour les couples légitimes ou non qui souhaitaient passer un moment intime dans leur voiture !

Il faut vous dire qu’en Argentine et je pense dans toute l’Amérique Latine, il existe un type « d’hôtels » qu’on appelle « Albergo Transitorio » ou au Brésil « Motel ». Des établissements généralement sans fenêtre avec une entrée (et une sortie) très discrète où les chambres se louent à l’heure. Presque tous ont un parking privé nommé « Playa privada ». Au début, je pensais à cause de cette indication souvent indiquée en grand sur la porte et qui mal traduite me semblait signifier « plage privée », que c’était une façon poétique de nommer ce genre de lieux ! Cela a beaucoup faire rire Marcos, puisque « Playa privada » signifie simplement « parking privé » !


Si un jour vous avez la chance de visiter en couple (légitime ou non) l’Argentine ou le Brésil, il faut au moins une fois pousser la porte d’un de ces établissements. Vous y choisirez une chambre presque sur une sorte de « menu »… La suite orientale, celle avec un jacuzzi (classique), un lit à eau ou en forme de cœur, une balançoire ou plus incroyable, une petite piscine avec un toboggan ! D’ailleurs beaucoup de ces « Albergas Transitorios » ont un site Internet comme ceux que j’ai trouvé : l’Hôtel Point G ( !), le Valentino (qui offre une chambre avec une vieille voiture décapotable à l’intérieur), le Faraón (mieux que Fort Boyard !), ou encore le Solos (pour ceux qui sont tout seuls ?)… Franchement, ce n’est pas mieux qu’un hôtel Ibis ou qu’un Formule 1, non ?

Mais revenons à ce que je disais au début… Avec cette affiche j’avais imaginé (avec l’aide de Marcos et d’autres amis qui ne semblaient pas nous contredire) une sorte de parking « coquin » ! Je trouvais cela assez poétique même si pour des raisons d’hygiène cela ne me semblait pas très pratique… Un bidet dans chaque boxe, devant le capot de la voiture ? Un jet d’eau permettant de laver ensuite les partenaires et accessoirement sa voiture ?

Mais voilà, la réalité semble bien plus « ordinaire » comme j’ai pu le constater sur leur site Internet enfin en ligne… Il ne s’agit, une fois de plus que d’une « Playa privada » ! Après tout, une « plage privée » c’est bien plus romantique…

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Ravalement de façade à l’Argentine !

3 décembre 2008 · Laisser un commentaire

Au secours, je suis entrain de vivre mon premier ravalement de façade en Argentine !

 

Que ma famille et mes amis se rassurent, je n’ai pas décidé d’avoir recours à la chirurgie esthétique, grande spécialité locale (comme au Brésil) avec des dizaines ou des centaines de cliniques qui vous proposent de gagner 10 ou 20 ans et de perdre 10 ou 20.000 $… Je n’en ai pas besoin, vous le savez !

 

Non, je vous parle du ravalement de la façade de notre immeuble. Pourquoi vous parler de cela ? Parce qu’ici un ravalement, c’est assez particulier. Il n’est pas question d’échafaudages avec de grandes structures métalliques « enveloppant » tout l’immeuble… Ici, un ravalement se fait à l’aide d’une… balançoire ! Je ne rigole pas. Un type se balance à quelques dizaines de mètres au dessus du sol (notre immeuble fait une quinzaine d’étages, donc vous pouvez imaginer la hauteur) et « armé » d’un Kärcher® (pas celui du « petit Nicolas », mais le vrai…). Il nettoie à grande eau… Je connais une copine qui avait une maison à Montpellier il y a quelques années et que cette image va faire sourire puisque nous avions décidé un été de donner une nouvelle jeunesse à sa façade avec cette invention fantastique qu’est le nettoyeur à haute pression…

 

Donc, toute la journée, nous vivons fenêtres et volets fermés alors qu’il fait autour de 35° en écoutant tomber les bouts de façade, les morceaux de balcons que notre nettoyeur à haute pression arrache sur son passage ! Des bouts entiers de béton s’écrasent dans un fracas énorme sur une « protection » en bois posée au rez-de-chaussée, ce qui donne à l’immeuble une ambiance un peu sordide de type « 11 septembre à New York »…

 

- « Dis, Marcos, tu as entendu le bruit ? C’est un bout de notre balcon ou le type de la balançoire qui vient de s’écraser au rez-de-chaussée ? »

 

Je dois vous faire une petite précision qui fera sourire un autre ami, Jean-Michel, heureux propriétaire d’un appartement « neuf » à Buenos-Aires et qui nous montrait il y a peu toutes les malfaçons de son nouvel achat… Ici les constructions récentes ou de moins d’une trentaine d’années sont d’une qualité toute relative… Vous cognez une chaise contre un mur et vous passez presque chez le voisin !

 

Donc, le Kärcher® de notre as de la balançoire a laissé des trous béants dans le béton, permettant de voir jusqu’à l’armature métallique ! Pas rassurant. Heureusement que Buenos-Aires n’est pas dans une zone sismique ! Nous, enfermés dans notre four… pardon dans notre appart, nous nous battons avec la poussière de ciment !

 

Après le nettoyage, il devrait reboucher les trous assis sur sa balançoire avec un pot de ciment ! Ensuite, il devrait reprendre sa balançoire pour recouvrir… pardon cacher le tout d’une couche de peinture. En espérant, que le vent ne s’en mêle pas !

 

Moi, pendant ce temps, je fais du bouche-à-bouche à mon cerfeuil ! Bah oui, depuis des mois que je tente, sans grand succès, de faire pousser sur le balcon quelques graines ramenées au nez et à la barbe des douaniers argentins, j’ai le plus grand mal à convaincre mes trois brins de cerfeuil de survivre enfermés dans le noir… Le cerfeuil français n’aime pas les ravalements argentins.

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« L’Argentine = la Corée du Nord… » Guy Sorman (octobre 2008) !

1 décembre 2008 · Laisser un commentaire

Vous ne connaissez pas Guy Sorman ? Un des nombreux essayistes de la « nouvelle » droite dont les écrits se lisent parfois aux chiottes (quand vous passez chez des lecteurs du Figaro Magazine) ou dans les salles d’attente de certains dentistes des beaux quartiers… C’est un peu comme Alain Mink, mais qui n’aurait pas honte d’être ultra-libéral…

 

Donc Guy Sorman nous raconte dans son blog son passage (rapide ?) à Buenos-Aires en octobre dernier…

 

Tout d’abord, il s’étonne de ne pas avoir croisé une armée de retraités argentins furieux que le gouvernement vienne de nationaliser, en pleine crise financière mondiale, les retraites par capitalisation. Vous savez, celles qui vont laisser un paquet de retraités américains sur le carreau dans les mois qui viennent à la suite de l’effondrement des fonds de pension… Effectivement, ici les retraités ont toutes les raisons d’être furieux que le gouvernement tente de sauver leurs retraites !

 

Mais Guy Sorman est un fin analyste de la situation en Argentine ! Il a vu ici « des médias asservis » aux ordres du pouvoir ! S’il y a bien un pays où l’opposition de droite contrôle les médias et surtout la télévision c’est ici ! Deux chaînes parmi les plus importantes : « America » et « America 24 » sont même la propriété d’un député de l’opposition. Le Canal Cronica (dont je vous parlais il y a quelques semaines) diffusait en boucle il y a quelques jours un reportage sur une manifestation de parents de victimes du « terrorisme de gauche » des années 70, souvent des parents de militaires et de policiers impliqués dans la répression des années noires de la dictature… Ce reportage « omettait » de montrer des groupes de néo-nazis qui au milieu de la manifestation défilaient le bras tendu en criant « Heil Hitler ! »…  Le parti de la présidente se bat depuis des mois contre le principal quotidien « Clarin » et contre sa chaîne d’informations « TN » dont l’objectivité est critiquée. Les exemples du parti pris des médias contre la moindre des mesures un peu sociale du gouvernement sont légions, souvent parce que les journalistes et les animateurs des chaînes de télévision font partie de la bourgeoisie, voire de la grande bourgeoisie du pays. Il ne faut pas leur en vouloir, ils défendent d’abord leurs acquis !

 

Mais « l’analyse » de Guy Sorman ne s’arrête pas là. Il a trouvé l’opposition « anesthésiée » face à ceux qu’il nomme le « couple infernal » (les époux Kirchner) ! Le vice-président vient juste de passer dans l’opposition à la suite d’un vote du Sénat faisant échouer un projet de modification de la taxation des exportations agricoles… Mais pour Guy Sorman, l’opposition devrait peut-être s’allier avec l’armée et bombarder la Casa Rosada (le palais présidentiel) comme Pinochet l’avait fait au Chili en 1973 avec la Moneda ?

 

Mais le pire est dans la conclusion de cette « analyse ». Que Guy Sorman ait de la merde ou plutôt du caviar dans les yeux, c’est son problème. Mais qu’il aille jusqu’à comparer l’Argentine avec la Corée du Nord, là c’est fort, pour ne pas dire nauséabond… Non non, vous avez bien lu, pour ce « penseur » français, les époux Kirchner c’est un peu la famille Kim Jong-il… L’Argentine serait dans le même état que cette ultime dictature communiste, caricature tragique d’un pays sous la coupe d’une famille d’Ubu Roi…

 

« Argentine = Corée du Nord », le raccourci est « saignant » et surtout il ne manque pas d’humour noir… En effet, Guy Sorman n’a sûrement pas quitté son hôtel des beaux quartiers pour aller faire ses courses dans l’un des quartiers populaires de Buenos-Aires ou de sa banlieue. Il aurait été surpris d’y croiser des Coréens du Nord ! Oui, beaucoup de ces petits supermarchés de quartier ont été ouverts pas des familles de Coréens du Nord ayant fui la dictature et surtout la famine. Allez leur dire qu’un « penseur » français compare l’Argentine avec leur ancienne « prison » serait faire passer l’intelligentsia française pour une bande de rigolos. Enfin, encore faudrait-il penser que Guy Sorman soit représentatif de l’intelligentsia française !

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