Donc, dans la rubrique « Notre projet », nous en étions au mois de novembre dernier à négocier l’achat d’une maison de 600 m2 avec des trous dans le plancher… La négociation a été rapide pour une fois ! L’agent immobilier, à première vue, un peu plus « commerçant » que les autres nous assurait, nous promettait, nous certifiait, nous jurait, (etc.) de pouvoir obtenir 20 % de rabais auprès des vendeurs ce qui rendait le prix acceptable compte tenu des travaux importants à faire. Deux jours plus tard, il nous annonçait sans l’ombre d’un début de mea-culpa que les vendeurs ne baisseraient pas d’un dollars leur prix !
Faut quand même être un sacrément mauvais agent immobilier pour ne pas savoir faire comprendre aux vendeurs d’une maison, alors que l’immobilier n’est pas au mieux de sa forme, qu’il faut au moins prévoir quelques pourcents à la baisse pour qu’une négociation sérieuse s’engage surtout quand la maison est dans un tel état… Enfin, « Anda la mierda », comme ont dit ici…
Pendant ce temps, la « maison aux vitraux » s’éloignait de plus en plus même si pour moi, le « deuil » de cet endroit si beau n’est pas encore fait. Notre avocat, pourtant grand optimiste, n’y croit plus. Cette maison finira démolie comme une partie du patrimoine historique de Buenos-Aires et les familles Seligmann et Serantes (j’ai décidé de balancer leurs noms, ça soulage !) auront modestement participé à ce massacre avec leur égoïsme de petits bourgeois…
Donc, nouvelles visites… Nouvelles agences immobilières… Un horrible immeuble à San Telmo donnant par une cour commune sur les couloirs d’un « hôtel familiar », le tout cerné par un énorme terrain vague sur lequel plusieurs immeubles doivent être édifiés…
- « Marcos, c’est quoi ce bruit ? »
- « C’est rien, juste les marteaux-piqueurs des travaux à côté ! »
- « Marcos, c’est quoi ces lézardes dans le mur de la chambre ? »
- « C’est rien, juste le parking souterrain qu’ils creusent ! »
Nous avons donc repris nos visites… Plus d’un an à visiter des grandes, des petites maisons, des grands, des petits taudis, des palais généralement petits, des ruines généralement grandes, de tout… Mais toujours dans les quartiers sud de Buenos-Aires.
Je dois faire ici une petite parenthèse (oui, je sais, une de plus… Je ne sais pas faire court…). Buenos-Aires est une ville coupée en deux, un peu comme Paris avec la « rive droite » et la « rive gauche ». Sauf qu’ici, la limite, pour ne pas dire la « frontière », c’est « l’avenida Rivadavia. D’un côté de cet axe important (un énorme boulevard à la circulation impressionnante) se trouvent les quartiers dit « quartiers nord » et de l’autre les « quartiers sud ». D’un côté, au nord, les riches et de l’autre les pauvres et je ne caricature presque pas. Il y a des gens qui ne franchissent jamais cette « frontière », surtout ceux du nord ! Du coup, l’immobilier voit les prix s’envoler dès que l’on passe au nord, dès l’avenue Rivadavia traversée. J’avais au départ pensé que notre intérêt, même s’il était de se rapprocher des « quartiers nord », était de rester du « mauvais côté » de l’avenue Rivadavia, afin d’avoir une plus grande surface et un meilleur prix…
Mais bon, plusieurs annonces de l’autre côté de cette avenue Rivadavia ont retenu notre attention. Des maisons plus petites : 300, 400 m2. Alors nous y sommes allés. Et tout d’abord, nous avons trouvé une maison un peu folle, aménagée par un dame un peu « barrée » !
Au rez-de-chaussée, un petit living ouvrant sur une jolie petite cour pavée pleine de plantes… Un living traversé par une passerelle en métal, passerelle d’une utilité toute relative. Dans les étages, plein de petites pièces desservies par un escalier sombre dans lequel ont été insérées des amphores ! Comme je suis curieux, pendant la visite, je glisse la main dans les amphores et j’y découvre de la terre… C’est la dame de l’agence immobilière (dont je vous parlerais plus tard…) qui me donne l’explication : au-dessus de chaque amphore, une lampe a été installée et cette lampe permet de faire pousser des plantes avec des ampoules spéciales ! Tout dans cette maison est un peu comme cela. Les toilettes, bonjour la discrétion, ont un mur en brique de verre ou la cuisine est… au dernier étage, sous les toits ! La chambre de la « maîtresse de maison » donne sur une salle de bains avec une immense baignoire Jacuzzi face à laquelle se trouve un lavabo, permettant peut-être de se laver les dents en admirant son amant barboter dans la mousse (ou le contraire !).
Le quartier est très chic, la maison ne manque pas de charme même si les aménagements font un peu penser à une « albergue transitorio » . La vendeuse de l’agence immobilière est aussi « barrée » que la propriétaire que nous n’avons pas rencontré. Elle nous expliquera avoir des acheteurs très intéressés pour y installer un… club échangiste ! C’est vrai que le décor s’y prête. Elle passera deux heures à nous raconter sa vie, ses amis homos, ses amours, ses deux « porte-clés » (en fait deux petits chiens minuscules dont je n’ai pas réussi à voir la « marque » derrière les vitres fumées de son gros 4X4 garé sur le trottoir !).
Si cette maison est parfaite pour y vivre, impossible d’y installer un quelconque commerce à mois de la refaire entièrement, ce qui coûterait une somme folle en plus de son prix déjà élevé. Alors nous avons dit non et repris nos visites.
Et puis un jour Marcos repère une annonce dans un journal gratuit je crois… Enfin, pour une fois pas sur Internet. Souvent ces petites annonces proposent comme seul contact des horaires de visites. Comme c’était un dimanche et que ce jour-là les agences immobilières ne travaillent pas, nous sommes donc allés sur place. Là aussi il s’agit d’une maison du côté nord de Rivadavia et donc une surface moins importante, autour de 350 m2. C’est un vrai petit immeuble avec une boutique au rez-de-chaussée (une librairie encore ouverte à l’époque de notre première visite mais fermée depuis… ) et deux étages au dessus, et enfin le classique toit en terrasse typique à Buenos-Aires. Comme la précédente maison, les pièces y sont petites pour ici. Souvent à Buenos-Aires, les grandes maisons ont été découpées pour y aménager plusieurs pièces dans une grande.
Je dois dire qu’à la première visite je n’ai pas été enthousiaste sur la maison en particulier parce qu’elle possède 3 niveaux pour moins de 350 m2 au total, ce qui signifie un espace assez limité pour le rez-de-chaussée, la partie que nous voudrions commerciale. Pour vous donner un exemple (pour ceux qui suivent !), la « maison aux vitraux » avait un rez-de-chaussée de près de 500 m2… Marcos, lui est enthousiaste. Le quartier, il est vrai très sympa, la façade, le style, les étages supérieurs, tout lui plaît.
Quelques photos:

Un bout de la façade entre deux arbres...

L'escalier principal et la porte d'entrée en fer forgé...

Le hall d'entrée d'un étage...

L'une des chambres... à restaurer!
Mais il y a pas mal de travaux à faire et l’agent immobilier nous dit dès le départ qu’une négociation pour faire baisser le prix sera quasi impossible. Cet argument convainc Marcos de donner une réponse négative à l’agence.
Quelques jours plus tard, la même agence nous rappelle pour nous dire que le prix pourrait baisser de 20 % environ. Cela devient donc intéressant même si je reste plus que dubitatif sur les possibilités commerciales du lieu. Les négociations s’engagent. L’agent immobilier, notre notaire (quelle femme fantastique…), notre avocat (tout aussi génial…), tout le monde s’y met. Mais voilà : une fois de plus, les propriétaires n’ont pas entre les mains les papiers qu’il faut, un grand classique ici ! Nous découvrons aussi qu’ils sont pris par le temps. Leurs locataires (en particulier la librairie du rez-de-chaussée) s’en vont et ils ont peur d’un autre grand classique ici, « una tomada », c’est-à-dire que des squatteurs s’installent dans la maison.
L’agent immobilier nous propose donc de signer « un boleto » qui nous donne la possession et devrait nous permettre d’attendre le passage devant le notaire. Une solution qui ne me plaît pas du tout. Mais là encore, l’enthousiasme de tout le monde, notaire, avocat, Marcos, belle-mère, ami architecte… me pousse à céder. Comme dans ce pays un problème appelle toujours un autre problème, pour signer ce « boleto », il faut donner en liquide et en dollars une partie du prix de la vente finale. Il nous faut donc changer en dollars, les euros que nous avons… du temps où l’euro valait 1,60 dollar. Soupirs.
Nous faisons le tour des banques et des agents de change pour trouver le cours le plus avantageux. Et là, nous avons bien failli être victimes d’une sacrée escroquerie : Imaginez (pour ne pas dire exactement la somme à changer), que nous avions 947 dollars (par exemple) à trouver pour les apporter à l’agence immobilière. Nous voilà donc au guichet avec nos 694 euros (l’équivalent des 947 dollars…) et l’employé de change me remet ce que je crois être cette somme en dollars. Je compte et je recompte, mais suis pris d’un doute sur la somme à fournir à l’agence immobilière. Marcos me rassure, enfin pour dire vrai, comme c’est quelqu’un pour qui comme beaucoup d’Argentins, l’argent se cache le plus vite possible, il s’énerve un peu pour me dire que c’est bon. Nous voilà donc sur le trottoir et là, je lui fais part encore plus énergiquement de mes doutes… Enfin, on s’engueule quoi ! Et bien que l’argent soit cachée dans mes sous-vêtements, donc difficile à vérifier, je découvre d’un seul coup que je venais de compter et de recompter la même somme en dollars qu’en euros ! Le guichetier venait de me refiler en dollars ce que nous voulions changer avec nos euros ! Un cauchemar et surtout la honte d’avoir été pris pour des « bleus » !
Demi-tour, je retourne la gueule rouge sang, les mains moites et les jambes tremblantes dans les locaux pour tomber dans un état de nervosité qu’il vous est possible d’imaginer sur le guichetier tout sourire. L’employé voyant mon visage, perd son sourire et prenant peut-être peur, m’annonce une erreur de sa part ! Une erreur qu’il aurait, en fin de journée, soi-disant vu dans sa caisse pour nous recontacter ensuite… « Anda la mierda ! », comme ont dit ici ou « Mon cul » comme ont dit chez nous !
Nous avons repris un taxi, mon slip un peu plus « gonflé » après avoir évité d’être victime d’une belle escroquerie… Mais toute cette histoire m’avait démontée. Je me suis souvenu de mon père à qui un ami argentin disait qu’ici c’est « un pays de voleurs » ! Et là, quelques heures avant la signature du fameux « boleto », j’ai craqué. J’ai dit « stop ! ». Ça suffit. Je veux plus rien signer pour le moment dans ce pays. Au téléphone, l’agent immobilier, comme vous pouvez l’imaginer, était furieux d’autant que le vendeur de la maison était devant lui, nous attendant. Mais cet agent immobilier a été un peu plus intelligent (ou intéressé) que les autres et nous à laisser quelques jours, le temps que je reprenne mes esprits.
J’ai passé deux jours à ruminer du « stop ou encore ? ». Un an et demi à supporter des agents immobiliers qui veulent vous faire visiter une maison dont les serrures ont été changées parce que cela fait plus d’un mois qu’elle a été vendue. Un an et demi à négocier avec des vendeurs qui reviennent vers vous en augmentant le prix de départ parce que vous êtes étrangers… Un an et demi de promesses foireuses à perdre son temps et son argent (Cf. familles Seligmann et Serantes…). Tout cela valait bien un gros coup de fatigue.
Et puis… La magie de l’été Argentin aidant… Je me suis dit que nous n’allions pas encore passer 6 mois à chercher une maison. Qu’il était temps de se jeter à l’eau pour affronter les petits requins ou les gros piranhas de ce continent ! Alors nous avons signé. Nous sommes presque, enfin je suis presque propriétaire d’une maison à Buenos-Aires avant la signature définitive dans quelques semaines devant notre notaire… Nous avons les clés et nous allons commencer par faire un grand nettoyage qui s’annonce assez terrible… Mais de tout cela je vous parlerai dans les jours qui viennent. En effet, pour l’instant, il va falloir attendre un peu que nous ayons Internet dans nos « nouveaux locaux », notre nouvelle maison dans la zone nord du quartier de Caballito… à Buenos-Aires.