Il y a quelques mois, Ricardo et Nico nous avaient conviés à leur mariage… Enfin, leur “ Union Civil ” plus exactement puisqu’en Argentine aussi le poids de la droite et des églises fait qu’il n’est toujours pas possible d’appeler un chat un chat ! D’ailleurs, l’Argentine étant un pays fédéral, seules quelques provinces dont la Capitale Fédérale acceptent l’union civile. Le projet d’une loi fédérale autorisant le mariage dit gay est actuellement dans les “ tuyaux ” du gouvernement, mais nul ne sait quand cela va aboutir… C’est bien, comme cela nous pourrons nous unir une troisième fois quand la loi sera votée !
Donc, après Ricardo et Nico c’est à notre tour de nous y mettre ! Ce sera le 9 février dans une salle des mariages de la municipalité de Buenos Aires et non dans un petit bureau sordide d’un tribunal d’instance où nous nous sommes pacsés il y a maintenant 4 ans. Cette union civile va me donner quelques droits nouveaux dont le bénéfice de l’assurance-maladie de Marcos… Quand je vois l’hôpital de l’assurance-maladie de Marcos, j’ai peur… Mais restons zen.
Donc, il a fallu réunir tous les papiers nous permettant d’obtenir une date de célébration et cela a été quelques peu laborieux avec des heures de queues… Montrer tous mes anciens passeports avec les visas argentins prouvant que je suis en permanence ici depuis longtemps. Montrer aussi que Marcos comme moi-même vivons dans la Capitale Fédérale et non dans une autre province. Enfin, le plus important, présenter deux témoins… Et là, ça n’a pas été coton ! En effet, encore une fois l’Argentine étant un pays fédéral, il nous a fallu trouver des témoins résidants officiellement dans la capitale fédérale et non en banlieue, c’est-à-dire dans la province de Buenos Aires… Problème : les meilleurs amis de Marcos bien que vivant ici ont leurs domiciles en dehors de la ville. Enfin, après plusieurs jours de recherches et d’appels téléphoniques, Marcos a trouvé un ami d’enfance avocat et… notre notaire devenue une amie pour être nos témoins ! Avoir comme témoins un avocat et une notaire, si ce n’est pas classe !
Au deuxième rendez-vous, une fois les témoins trouvés et toutes les pièces réunies, nous avons eu droit à une scène assez drôle (enfin si l’on veut…) avec l’employée municipale qui cherchait peut-être, ce n’est qu’une supposition, à arrondir ses fins de mois… Elle regarde notre dossier et me dit avec une moue que j’ai déjà vue au fameux “ contrôle technique “ de notre voiture et qui sent la demande d’un “ pourboire “ :
- “ Mais il manque une pièce certifiant de ton adresse ! “
Je lui montre un relevé bancaire, mais aussi le papier des impôts qui ne peut pas être plus officiel pour certifier de mon adresse… Mais la moue continue… Là, elle me regarde droit dans les yeux et me dit :
- “ Mais la dernière fois, je ne t’avais pas dit que dans le cas d’un étranger il fallait aller consulter un avocat ? Je ne t’avais pas donné l’adresse d’un avocat qui aurait préparé ton dossier ? ”
Aie ! Je sens le piège, d’autant plus que son regard est vraiment insistant. Je ne me démonte pas et lui dit que nous avons des amis, dont un étranger, qui ont fait la même démarche il y a quelques mois sans avoir besoin d’un avocat… Je lui explique, argument suprême que si les impôts acceptent une adresse sans la vérifier, elle va avoir du mal à recevoir son salaire en fin de mois parce que tout le monde va filer une fausse adresse pour ne plus jamais les payer ! Elle finira par tout valider et nous lancer ainsi dans la folle aventure de la préparation de notre “ mariage ” argentin.
Marcos s’est chargé du restaurant… à la recherche d’un lieu bien romantique, comme lui seul peut en trouver. D’ailleurs, à propos de romantisme depuis quelques jours, nous écoutons en boucle la “ Marche Nuptiale ” de Mendelssohn… Il est comme ça Marcos, il aime trop vivre dans un conte de fées alors qu’il habite l’Argentine !
Puis, passage obligé, nous sommes allés ouvrir une liste de mariage… Bah oui, pourquoi ne pas faire les choses jusqu’au bout ! Direction un grand magasin pour faire les démarches et avoir droit une nouvelle fois à une scène surréaliste. Les formulaires d’inscription comme ceux d’accès aux pages Internet des listes de mariages de cette chaîne de magasins demandent le nom du fiancé ou celui de LA fiancée ! Regard gêné de la vendeuse qui se justifie en disant :
- “ La direction est chilienne, et ils n’ont toujours pas changé cela… Vous savez comment sont les Chiliens… “
Nous voilà donc Marcos et moi-même discutant pour savoir lequel des deux va faire LA fiancée ! C’est sur moi que c’est tombé avec l’argument imparable :
- “ C’est surtout pour la famille et les amis argentins ou espagnol cette liste de mariage… Les autres ne vont pas comprendre la différence entre novio et novia ! “
Seulement depuis quelques jours, je suis en ligne avec ma famille ou mes amis qui ne manquent pas de me signaler ce “ bug ” avec un sourir en coin ! D’ailleurs, le site Internet de ce magasin est tellement plein de bugs, que pour l’instant quasiment personne n’a réussi a aller jusqu’au bout de l’achat d’un cadeau. Les services de ce “ grand magasins ” sont injoignables et je crains que Marcos ne réussisse jamais à se faire offrir l’horrible service à thé super romantique dont il rêve… Quand je lui dis que l’Argentine et le romantisme c’est comme l’eau et le gaz, ça ne se mélange pas… à moins de donner un “pourboire” !