Philippe à Buenos-Aires

Entrée de mars 2009

Ce soir j’attends Victor ou Edouardo ou Alejandro ou…

7 mars 2009 · 3 commentaires

Nous voici propriétaires et la vie a recommencé… Le matin, je me lève avec le soleil pour aller à la fontaine chercher de l’eau avant qu’il n’y ait trop de monde. Puis, je pars au lavoir pour nettoyer notre linge en compagnie des femmes qui chantent des tangos célèbres… Ensuite, je pars dans les parcs ramasser un peu de bois mort pour allumer le feu et faire la cuisine. Je passe aussi à l’une des dernières fermes de Caballito pour acheter du lait frais et des œufs…

 

Stop ! Je blague… C’est un peu comme une maison de campagne ici mais il ne faut pas exagérer tout de même ! Je rassure mes amis « bobos » (tous inscrits dans une AMAP…), nous avons quand même l’eau courante, le gaz, l’électricité et depuis quelques jours le câble !

 

Bon, il faut dire que cela n’a pas été facile et continue de ne pas l’être. Car si l’Argentine est « le pays des queues », ce sport national qu’est l’attente peut aussi se pratiquer à domicile et cela avec tous les corps de métier possibles.

 

Tenez le câble par exemple. Pour nous connecter, ils nous ont dit qu’ils passeraient entre 8 heures et 15 heures. Les deux grands gaillards du câble sont arrivés… à 17 heures, par chance le jour prévu ! Mais nous avons aussi attendu le plombier, qui devait venir lundi à midi, qui a remis pour le mardi à 15 heures, avant de nous dire le lendemain qu’il viendrait le vendredi à 10 heures. Le vendredi à 10 heures, à 11 heures, à midi… point de plombier. Nous en avons cherché un autre qui devait venir le mercredi à 14 heures, etc. Vous connaissez la suite.

 

Il y a aussi Victor, l’électricien, qui a passionnément aimé une petite française il y a quelques décennies (m’a-t-il confié, le nez plongé dans une prise de courant) mais dont l’amour pour mon pays ne lui a pas permis de finir son boulot, nous laissant en plan avec des câbles partout ! Il n’est même pas repassé pour se faire payer. Marcos, honnête, lui a laissé plein de messages sur son portable. Un samedi matin il y a 15 jours, il nous téléphone pour nous dire qu’il venait enfin d’écouter ses messages… parce qu’il était grippé ! Quand il ira mieux, il devrait (conditionnel…) passer. Depuis, plus rien.

 

Donc trouver un électricien ou un serrurier ici est bien plus difficile que le célèbre « plombier parisien » du mois d’août. Mais une fois l’artisan coincé chez nous (-« Tu ne ressors pas si t’as pas fait ce que l’on te demande ! ») les choses parfois se compliquent.

 

Il y a tout d’abord la négociation du tarif. Pour cela, nous avons établi toute une stratégie avec Marcos. Moi je reste caché dans une autre pièce ou à la rigueur si je suis présent, je me dois d’être totalement muet, ce qui pour celles et ceux qui me connaissent est à la limite de la torture ! Pourquoi muet ? Parce qu’à chaque mot prononcer avec mon accent de français du « primer mundo » le tarif augmente de 10% ! Si par malheur, l’artisan est futé et que je n’ai pas eu le temps de changer ma chemise Lacoste pour un vieux tee-shirt pourri, laissant découvrir que je suis un « gringo » d’étranger, nous avons alors tout un discours du genre « ami français pauvre qui passe ici des vacances de pauvres et qui n’a pas les moyens de se payer même un hôtel de pauvres… ». Enfin, j’essaie de jouer le travailleur clandestin qui fait le ménage (en allant chercher le matin l’eau à la fontaine…) pour survivre ici !

 

Mais dans ce pays il existe aussi plein de moyens plus ou moins honnêtes de faire baisser les tarifs d’un plombier ou d’un électricien. C’est le cas quand l’artisan est un employé et qu’il vient sans son patron. Là, immanquablement, la facture peut être divisée par trois. Pour déboucher une canalisation, nous avons rencontré un employé qui nous a dits :

 

-          « Si je fais ça maintenant, c’est 300 pesos pour mon patron, sinon, je peux revenir samedi après-midi et je vous fais payer 70 pesos ! ».

 

Celui-là, on ne le lâche plus, il est là tous les samedis après-midi !

 

Enfin, il y a les malhonnêtes et là ça se corse. Tenez revenons à nos deux grands gaillards qui sont venus nous installer le câble. Par malheur, ce jour-là, j’étais seul quand ils sont arrivés. Le plus baraqué des deux me toise dès l‘entrée en me disant :

 

-          « Je vous les installe où les prises ? »

 

-          « Une dans le living et une dans cette pièce… »

 

-          « Ah mais vous avez besoin de plus de prises dans une grande maison comme celle-là ! »

 

Puis, il se met à ouvrir toutes portes de la maison en me disant d’un ton impératif :

 

-          « Et là dans cette chambre, faut une prise ! C’est 50 pesos en plus… Là une autre, ça fera 100 pesos… »

 

-          « Non, moi je ne veux pas payer pour des prises supplémentaires, je ne veux que les deux prises gratuites prévues… »

 

Heureusement, Marcos est enfin arrivé en sauveur. Nous n’avons eu que nos deux prises gratuites, mais nos deux grands gaillards lui ont quand même soutiré 70 pesos pour soi-disant connecter deux étages au lieu d’un… Comme il n’y a pas encore l’électricité au premier étage, nous n’avons pas pu vérifier s’ils disaient la vérité. Moi, j’ai des doutes…

 

Bon, aujourd’hui, c’est le grand jour. Victor, l’électricien romantique vient enfin… Enfin, il doit venir. Il avait rendez-vous avec nous à 10 heures. Marcos lui a téléphoné à 10 heures 30 pour l’entendre dire, nous nous en doutions, qu’il allait être un peu en retard. « Un peu », c’est-à-dire qu’il viendra vers 13 heures, ou 14 heures, ou… jamais !

 

Et moi, j’ai la chanson de Brel qui tourne en boucle dans la tête : « Ce soir j’attends Madeleine… Madeleine qui ne viendra pas… » !

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Allez, c’est le moment de venir danser un tango à Buenos-Aires…

7 mars 2009 · Un commentaire

L’automne à Buenos-Aires est aussi agréable que l’été à Paris ! En plus, c’est la grande braderie des tarifs ! Sur la Lufthansa, j’ai trouvé des prix à 576 euros avec une escale à Frankfort (départ le 30/04 et retour le 16/05) et encore mieux (et plus court en termes de distance) avec Iberia via Madrid à 559 euros (mêmes dates sur le site www.opodo.fr).

 

Franchement, depuis que je fais des aller-retour entre Paris et Buenos-Aires, je n’ai jamais vu des tarifs aussi bas !

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Enfin, propriétaires d’une maison à Buenos-Aires…

2 mars 2009 · 2 commentaires

Ça y est ! C’est signé, c’est officiel, c’est payé devant notaire… Enfin tout quoi !

Aujourd’hui, nous sommes devenus propriétaires d’une maison (et de quelques cafards…) en plein cœur de Buenos-Aires ! Je ne résiste pas à vous expliquer comment cela se fait ici.

Tout d’abord, l’achat d’une maison et la signature de l’acte n’ont pas lieu dans l’étude d’un notaire mais dans une salle réservée à cet effet dans une banque. Oui, une maison s’achète ici avec de l’argent « sonnante et trébuchante » comme on dit. On achète une maison avec des billets (et quelques pièces pour arriver au prix exact !), plus exactement des dollars, des vrais, pas avec un chèque ! Alors pour manipuler autant de liquide il est conseillé d’aller dans une banque, c’est (un peu) moins dangereux… Pendant cette opération, entouré de vigiles attentifs, il est d’ailleurs interdit d’utiliser son portable ou bien sûr de prendre des photos ! C’est dommage parce que la scène vaudrait quelques images…

Nous avons donc retrouvé notre charmante et exquise notaire. Elle a commencé par me prendre les empreintes digitales avec un tampon encreur, pour les apposer au bas d’un premier document. C’est assez étrange de commencer par un truc qui se fait habituellement quand on vient de faire un hold-up… dans une banque ! Ensuite, il a fallu demander à l’employée de la banque d’aller chercher au coffre le prix de l’achat de la maison. Elle est revenue avec une grosse sacoche pleine de billets. C’est là que le mot « brique » souvent utilisé pour parler de sommes importantes m’est apparu dans toute sa signification. Plusieurs « briques » de billets emballées dans un film plastique et venant directement de New-York !

Là a commencé une scène surréaliste : les vendeurs et nous-même comptant paquet par paquet… Une fois le compte vérifié, nous sommes passés à la signature des documents officiels scellant la vente.

Les vendeurs, une famille de la province de Buenos-Aires, ont ensuite embarqué l’argent… Et nous les papiers. Beaucoup de papiers, dont les plans d’origine de la maison. Une dame de la famille des vendeurs nous a d’ailleurs dits avoir plein d’autres papiers concernant la maison et nous a invités à venir un de ces jours la voir pour les récupérer… En attendant, voici un extrait des plans originaux avec le dessin d’époque de la façade.

la-casa

Le dessin est beau mais la réalité un peu moins… Si la maison a gardé les formes des fenêtres par exemple, le rez-de-chaussée a été sensiblement modifié au fil des années. Le toit aussi a perdu ses petites frises que Marcos parle déjà de retrouver… Il y a du boulot.

Voilà, presque deux ans pour acheter une maison à Buenos-Aires.

« Deux ans… Putain ! Deux ans ! »

Deux ans pas toujours très agréables avec les agences immobilières argentines. Cette maison n’est pas celle que j’ai préféré parmi toutes celles que nous avons vu, mais il fallait bien finir par plonger… Maintenant, au boulot… enfin, juste après le champagne, du champagne argentin pour une fois !

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