Philippe à Buenos-Aires

Pays de dingues ou pays de dengue ?

25 avril 2009 · Laisser un commentaire

Marcos, qui lit dans mon dos ce blog (sans en comprendre toutes les subtilités comme j’ai moi-même du mal à comprendre parfois celles de son pays…) se fâche de temps en temps : « Tu n’écris que des critiques sur l’Argentine ! ». Il a peut-être raison, mais en même temps, il reconnaît lui-même que nous vivons parfois dans un pays de dingues !

 

Le dernier exemple en date est l’arrivée (supposée) de la dengue à Buenos-Aires…  Depuis une dizaine d’années, le moustique porteur de ce qui n’est dans le meilleur des cas qu’une très grosse grippe, dans le pire des cas une maladie mortelle, est présent dans le nord du pays mais aussi dans pratiquement toute l’Amérique du Sud. Le voici depuis quelques jours, d’après les médias et une partie des autorités arrivé à Buenos-Aires…

 

Les médias nous en parlent quotidiennement, nous racontant un peu tout et son contraire oubliant souvent le plus important ! Un jour, sur une chaîne de télé un journaliste, catégorique, nous explique qu’il n’y a aucun cas de dengue à Buenos-Aires à part ceux de voyageurs venant du nord du pays et contaminés là-bas avant de rentrer à Buenos-Aires. Sur un autre canal, au même moment, un autre journaliste interviewe un joueur de football célèbre qui depuis son lit d’hôpital explique qu’il a choppé la maladie en s’entraînant sur la pelouse de San Lorenzo, c’est-à-dire en pleine ville !

 

Du côté des autorités, la même schizophrénie avec moult démonstrations de « fumigations » dans les parcs (et les pelouses des stades !) mais un refus de déclarer la moindre alerte sanitaire concernant une épidémie qui si elle venait à empirer serait particulièrement graves pour les enfants, les personnes âgées ou celles n’ayant pas beaucoup de défenses immunitaires… Il semble que l’industrie du tourisme soit une bonne raison de la part des autorités de ne pas trop dramatiser le problème. Il reste que les chiffres, même s’ils sont souvent douteux ici comme ceux de l’inflation, nous parlaient de quelques centaines de cas il y a quelques semaines pour passer à plusieurs dizaines de milliers de cas aujourd’hui… Nous assistons d’ailleurs un véritable syndrome de Tchernobyl ! Comme le nuage radioactif qui avait mystérieusement contourné les frontières françaises en 1986, ici, chaque province fédérale publiant ses chiffres, certaines sont tout aussi mystérieusement épargnées. À quelques semaines des élections, certains hommes politiques locaux expliquant l’absence de dengue dans leurs régions par l’efficacité de leurs politiques sanitaires…

 

Mais le plus dur reste de s’informer et de s’approvisionner en insecticides… Les rayons des supermarchés sont vides depuis des semaines ! Pour l’information, heureusement que j’ai découvert (merci Simone !) que le moustique responsable de cette maladie ne piquait que le jour. Je n’avais jamais entendu dire cela dans aucun média argentin ! Alors comment faire pour se protéger ? Les bombes et crèmes répulsives dégagent une telle odeur qu’elles ne repoussent pas que les moustiques. Les plaquettes et autres insecticides qui se branchent sont difficiles à utiliser dans la rue ou en voiture… La moustiquaire, efficace pour la sieste, n’est pas très pratique à porter pour aller faire ses courses. En plus, les Argentins sont tolérants, mais de là à accepter un français portant un truc ressemblant à robe de mariée… Alors, il reste l’espoir de l’arrivée de l’hiver. Les médias disent que le moustique ne pique plus quand la température descend en dessous de 14° ! Seulement ce n’est pas tous les jours, même en hiver qu’il fait moins de 14° ici. J’ai bien eu un moment l’idée d’installer l’air conditionné dans la maison mais il n’existe pas de modèle capable de descendre à une telle température. En plus, prendre sa douche en anorak… Alors en attendant, je stocke du paracétamol, seul traitement, paraît-il, pour atténuer les effets de la dengue et je redoute l’arrivée depuis le Mexique d’une nouvelle épidémie : la fièvre porcine !

 

Tu vois Marcos, sans être trop critique, c’est quand même un peu une vie de dingues ici, non ?

Catégories : La vie au quotidien...

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