Philippe à Buenos-Aires

Nous ne sommes que poussière…

8 septembre 2009 · Laisser un commentaire

Ça y est, les premiers travaux ont débuté. Il fallait bien que nous finissions par nous y mettre… Au départ, nous voulions avoir recours à un architecte mais il faut dire que nous n’avons jamais été pleinement convaincus par celles et ceux que nous avons rencontrés. Certains étaient vraiment trop chers, d’autres ne nous parlaient pratiquement que de décoration en oubliant un peu le gros-œuvre, d’autres nous ont oubliés en route et nous attendons toujours qu’ils nous rappellent…  Tous avaient un point commun : aucune assurance ! Oui, en Argentine, un architecte n’a pas d’assurance. S’il restaure votre maison et qu’elle s’effondre ensuite, même si la justice vous donne raison mais que l’architecte n’est pas (ou plus) solvable, vous n’avez plus que vos yeux pour pleurer. Nous continuons quand même de chercher, puisqu’il nous faudra obligatoirement un architecte pour ce qui s’appelle ici « l’habilitation », c’est-à-dire la mise en conformité de tout local commercial.

Donc, les travaux ont débuté… Pour tout ce qui est maçonnerie, c’est Alberto et son équipe, tous paraguayens comme la plupart des ouvriers du secteur de la construction en Argentine. Alberto, entre deux coups de truelle me parle de son pays, le Paraguay qui fut le théâtre de l’une des dictatures les plus dures de la région. Le sinistre Général Strœssner (d’origine bavaroise…) a régné sur ce petit pays pendant 34 ans, « accueillant » bien volontiers les criminels nazis fuyant les tribunaux internationaux comme le sinistre « docteur » Mengele… Mais Alberto me parle aussi de football et en particulier du joueur paraguayen José Luis Chilavert qui aida involontairement la France à gagner la coupe du Monde de 1998…

Alberto travaille avec 3 jeunes maçons avec lesquels il communique pratiquement uniquement en guarani la langue parlée par 90 % des Paraguayens. Une très belle langue, très douce, très chantante comme cette version de l’hymne paraguayen en guarani…

Mais revenons à nos travaux. Alberto s’est tout d’abord attaqué à l’énorme réservoir d’eau en béton armé qui trônait sur notre toit et qui n’était plus utilisable, remplacé par deux grosses « bombonnes » métalliques.

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Ici, chaque maison, chaque immeuble a se type de réservoir qui se remplit la nuit et permet d’avoir de la pression puisqu’en Argentine, vous ne verrez pas de châteaux d’eau comme en France. Un sacré boulot pour venir à bout de ce gros cube et tout cela à la main.

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Puis, ils ont commencé à démolir quelques murs, enlevé un escalier pour réunir deux petites pièces pour en faire une salle de bain.

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Dans une autre pièce, ils ont détruit un mur qui cachait une verrière…

Avant...

Avant...

 

...après !

...après !

C’est là qu’Eduardo entre en jeu. C’est le spécialiste de la restauration de « mamparas », ces vastes fenêtres métalliques garnies de petites vitres de couleur et/ou en relief si typiques de Buenos-Aires. Dans la maison, nous en avons partout ! Eduardo passe ses journées à nettoyer, ressouder, brosser, peindre toute la structure métallique avant qu’il puisse poser les 60 petits carreaux de verre que Marcos a commandé. Une fois que nous aurons fini cette « mampara », nous en aurons d’autres encore plus grandes à restaurer avec plus de 300 vitres à changer !

C’est un vrai bonheur de voir travailler Eduardo tellement il semble autant amoureux que nous de ces « mamparas ». En fait, comme Alberto, Eduardo en aussi bavé. Un jour je lui ai demandé depuis quand il faisait ce travail, persuadé qu’il allait me dire 20 ou 30 ans… Mais quand il m’a répondu que cela ne faisait que 8 ans, j’ai compris qu’il était l’une des victimes du « Corralito », cette quasi-faillite du pays en 2001. En fait, Eduardo dirigeait une entreprise qui a fermé, alors comme beaucoup de gens à l’époque ici, il a fallu continuer de se nourrir et trouver rapidement une reconversion…

Et puis nous avons aussi un autre Alberto qui lui est notre plombier. Un crème cet homme. Jamais de mauvaise humeur, toujours positif. Il nous a installés quelques radiateurs à gaz ainsi qu’un chauffe-eau. Demain il attaque la colonne d’évacuation des eaux usées de haut en bas de la maison, colonne qu’il va entièrement changer.

Pendant ce temps, je continue mon activité principale de décapage des portes et fenêtres. Il faut dire que la politique de Marcos est de tout récupérer. Ainsi la porte de la cuisine du rez-de-chaussée va devenir celle de la salle de bains du deuxième étage, non sans avoir fait quelques essais avant !

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Pendant ce temps, les sacs de gravats s’amoncellent partout dans la maison. Des gravats et surtout de la poussière, beaucoup de poussière qui s’incruste partout surtout dans une maison où une partie des fenêtres a disparu !

La future fenêtre d'une des salles de bains...

La future fenêtre d'une des salles de bains...

Voici donc nos journées rythmées par ce joyeux bordel qu’est la vie au milieu d’une équipe de maçons ou de plombiers, tout cela me rappelant un film avec Carole Bouquet racontant les affres d’un chantier…

Film que j’ai vu il y a quelques mois dans l’avion entre Paris et Buenos-Aires. Je savais que ce film était prémonitoire. Je peux le confirmer aujourd’hui !

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