La vie d’expatrié, vous l’avez peut-être lu sur ce blog, n’est pas toujours de tout repos. Chercher de la monnaie, massacrer les cafards, courir après sa voiture volée… Mais parfois, c’est quand l’expat’ rentre au pays que les choses se compliquent. Je m’explique.
Je viens de passer quelques semaines, pluvieuses, en France… Quelle jubilation de se goinfrer de fromages au lait cru (merci Alejandro, François et Maman !), de calissons (merci Marie-Anne et Virginie), de tomates farcies (merci Emöke et Kiko), de « nouvelle cuisine » (Merci Ricardo et Catherine D.), de carottes râpées à la fleur d’oranger (Beurk Marie et Hervé !), etc. ! Quel bonheur de profiter d’un « pied-à-terre » en plein Paris pour pouvoir y poser ses bagages (Merci Marie-France et Papa !). Quel plaisir de se laisser aller à la terrasse d’un café parisien (Merci Bruno, Pascale, Davy, Rémi, Olivier…). Quelle joie de se voir offrir des dizaines d’éponges de toutes les couleurs qui viennent compléter ma collection Porteña (Bientôt un Musée de l’éponge à Buenos-Aires ?)…
Mais le revers de la médaille de ce passage en France aura été pour la première fois pour moi la découverte du décalage qui se creuse petit à petit entre Buenos-Aires et Paris. Non pas le décalage horaire ou culturel, mais le décalage familial et amical dont est parfois victime l’expatrié.
En fait, j’ai compris pendant ce séjour que rien ne peut, malgré tous les moyens de communication qui existent aujourd’hui, supprimer la distance qui s’installe petit à petit avec ceux dont j’étais pourtant si proche en France. Je l’ai compris et pour la première fois j’en ai souffert en apprenant au détour d’une conversation pendant un dîner la mort d’une amie que j’adorais. Personne n’avait pensé à me prévenir, ce n’est absolument pas un reproche, mais c’est ainsi. J’ai travaillé plusieurs années avec Poussy Pellegrino et je ne garde que de bons souvenirs de cette femme fantastique qui s’est éteinte il y a quelques semaines dans son magnifique petit village de Falicon sur les hauteurs de Nice. L’annonce de ce décès a été suivie d’autres déconvenues : des rendez-vous manqués, des dépressions cachées que je ne suspectais pas depuis Buenos-Aires, un couple qui se sépare sans que l’un des deux ne me prévienne…
Tout cela m’a donné l’impression de débarquer dans un film dont j’aurais loupé une partie. J’ai compris avec celles et ceux qui comme moi font ou ont fait l’expérience de l’expatriation, que tout cela était le prix à payer. Que distance rimait irrémédiablement avec absence.
Néanmoins, je dois le dire, cette absence a un bon côté : elle confirme, elle amplifie la force de certaines amitiés et ça c’est quelque chose que l’expatrié que je suis aujourd’hui a eu le plus grand bonheur à ranger au fond de ses bagages (entre les éponges !) en quittant Paris…