Philippe à Buenos-Aires

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Nous ne sommes que poussière…

8 septembre 2009 · Laisser un commentaire

Ça y est, les premiers travaux ont débuté. Il fallait bien que nous finissions par nous y mettre… Au départ, nous voulions avoir recours à un architecte mais il faut dire que nous n’avons jamais été pleinement convaincus par celles et ceux que nous avons rencontrés. Certains étaient vraiment trop chers, d’autres ne nous parlaient pratiquement que de décoration en oubliant un peu le gros-œuvre, d’autres nous ont oubliés en route et nous attendons toujours qu’ils nous rappellent…  Tous avaient un point commun : aucune assurance ! Oui, en Argentine, un architecte n’a pas d’assurance. S’il restaure votre maison et qu’elle s’effondre ensuite, même si la justice vous donne raison mais que l’architecte n’est pas (ou plus) solvable, vous n’avez plus que vos yeux pour pleurer. Nous continuons quand même de chercher, puisqu’il nous faudra obligatoirement un architecte pour ce qui s’appelle ici « l’habilitation », c’est-à-dire la mise en conformité de tout local commercial.

Donc, les travaux ont débuté… Pour tout ce qui est maçonnerie, c’est Alberto et son équipe, tous paraguayens comme la plupart des ouvriers du secteur de la construction en Argentine. Alberto, entre deux coups de truelle me parle de son pays, le Paraguay qui fut le théâtre de l’une des dictatures les plus dures de la région. Le sinistre Général Strœssner (d’origine bavaroise…) a régné sur ce petit pays pendant 34 ans, « accueillant » bien volontiers les criminels nazis fuyant les tribunaux internationaux comme le sinistre « docteur » Mengele… Mais Alberto me parle aussi de football et en particulier du joueur paraguayen José Luis Chilavert qui aida involontairement la France à gagner la coupe du Monde de 1998…

Alberto travaille avec 3 jeunes maçons avec lesquels il communique pratiquement uniquement en guarani la langue parlée par 90 % des Paraguayens. Une très belle langue, très douce, très chantante comme cette version de l’hymne paraguayen en guarani…

Mais revenons à nos travaux. Alberto s’est tout d’abord attaqué à l’énorme réservoir d’eau en béton armé qui trônait sur notre toit et qui n’était plus utilisable, remplacé par deux grosses « bombonnes » métalliques.

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Ici, chaque maison, chaque immeuble a se type de réservoir qui se remplit la nuit et permet d’avoir de la pression puisqu’en Argentine, vous ne verrez pas de châteaux d’eau comme en France. Un sacré boulot pour venir à bout de ce gros cube et tout cela à la main.

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Puis, ils ont commencé à démolir quelques murs, enlevé un escalier pour réunir deux petites pièces pour en faire une salle de bain.

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Dans une autre pièce, ils ont détruit un mur qui cachait une verrière…

Avant...

Avant...

 

...après !

...après !

C’est là qu’Eduardo entre en jeu. C’est le spécialiste de la restauration de « mamparas », ces vastes fenêtres métalliques garnies de petites vitres de couleur et/ou en relief si typiques de Buenos-Aires. Dans la maison, nous en avons partout ! Eduardo passe ses journées à nettoyer, ressouder, brosser, peindre toute la structure métallique avant qu’il puisse poser les 60 petits carreaux de verre que Marcos a commandé. Une fois que nous aurons fini cette « mampara », nous en aurons d’autres encore plus grandes à restaurer avec plus de 300 vitres à changer !

C’est un vrai bonheur de voir travailler Eduardo tellement il semble autant amoureux que nous de ces « mamparas ». En fait, comme Alberto, Eduardo en aussi bavé. Un jour je lui ai demandé depuis quand il faisait ce travail, persuadé qu’il allait me dire 20 ou 30 ans… Mais quand il m’a répondu que cela ne faisait que 8 ans, j’ai compris qu’il était l’une des victimes du « Corralito », cette quasi-faillite du pays en 2001. En fait, Eduardo dirigeait une entreprise qui a fermé, alors comme beaucoup de gens à l’époque ici, il a fallu continuer de se nourrir et trouver rapidement une reconversion…

Et puis nous avons aussi un autre Alberto qui lui est notre plombier. Un crème cet homme. Jamais de mauvaise humeur, toujours positif. Il nous a installés quelques radiateurs à gaz ainsi qu’un chauffe-eau. Demain il attaque la colonne d’évacuation des eaux usées de haut en bas de la maison, colonne qu’il va entièrement changer.

Pendant ce temps, je continue mon activité principale de décapage des portes et fenêtres. Il faut dire que la politique de Marcos est de tout récupérer. Ainsi la porte de la cuisine du rez-de-chaussée va devenir celle de la salle de bains du deuxième étage, non sans avoir fait quelques essais avant !

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Pendant ce temps, les sacs de gravats s’amoncellent partout dans la maison. Des gravats et surtout de la poussière, beaucoup de poussière qui s’incruste partout surtout dans une maison où une partie des fenêtres a disparu !

La future fenêtre d'une des salles de bains...

La future fenêtre d'une des salles de bains...

Voici donc nos journées rythmées par ce joyeux bordel qu’est la vie au milieu d’une équipe de maçons ou de plombiers, tout cela me rappelant un film avec Carole Bouquet racontant les affres d’un chantier…

Film que j’ai vu il y a quelques mois dans l’avion entre Paris et Buenos-Aires. Je savais que ce film était prémonitoire. Je peux le confirmer aujourd’hui !

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Enfin, propriétaires d’une maison à Buenos-Aires…

2 mars 2009 · 2 commentaires

Ça y est ! C’est signé, c’est officiel, c’est payé devant notaire… Enfin tout quoi !

Aujourd’hui, nous sommes devenus propriétaires d’une maison (et de quelques cafards…) en plein cœur de Buenos-Aires ! Je ne résiste pas à vous expliquer comment cela se fait ici.

Tout d’abord, l’achat d’une maison et la signature de l’acte n’ont pas lieu dans l’étude d’un notaire mais dans une salle réservée à cet effet dans une banque. Oui, une maison s’achète ici avec de l’argent « sonnante et trébuchante » comme on dit. On achète une maison avec des billets (et quelques pièces pour arriver au prix exact !), plus exactement des dollars, des vrais, pas avec un chèque ! Alors pour manipuler autant de liquide il est conseillé d’aller dans une banque, c’est (un peu) moins dangereux… Pendant cette opération, entouré de vigiles attentifs, il est d’ailleurs interdit d’utiliser son portable ou bien sûr de prendre des photos ! C’est dommage parce que la scène vaudrait quelques images…

Nous avons donc retrouvé notre charmante et exquise notaire. Elle a commencé par me prendre les empreintes digitales avec un tampon encreur, pour les apposer au bas d’un premier document. C’est assez étrange de commencer par un truc qui se fait habituellement quand on vient de faire un hold-up… dans une banque ! Ensuite, il a fallu demander à l’employée de la banque d’aller chercher au coffre le prix de l’achat de la maison. Elle est revenue avec une grosse sacoche pleine de billets. C’est là que le mot « brique » souvent utilisé pour parler de sommes importantes m’est apparu dans toute sa signification. Plusieurs « briques » de billets emballées dans un film plastique et venant directement de New-York !

Là a commencé une scène surréaliste : les vendeurs et nous-même comptant paquet par paquet… Une fois le compte vérifié, nous sommes passés à la signature des documents officiels scellant la vente.

Les vendeurs, une famille de la province de Buenos-Aires, ont ensuite embarqué l’argent… Et nous les papiers. Beaucoup de papiers, dont les plans d’origine de la maison. Une dame de la famille des vendeurs nous a d’ailleurs dits avoir plein d’autres papiers concernant la maison et nous a invités à venir un de ces jours la voir pour les récupérer… En attendant, voici un extrait des plans originaux avec le dessin d’époque de la façade.

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Le dessin est beau mais la réalité un peu moins… Si la maison a gardé les formes des fenêtres par exemple, le rez-de-chaussée a été sensiblement modifié au fil des années. Le toit aussi a perdu ses petites frises que Marcos parle déjà de retrouver… Il y a du boulot.

Voilà, presque deux ans pour acheter une maison à Buenos-Aires.

« Deux ans… Putain ! Deux ans ! »

Deux ans pas toujours très agréables avec les agences immobilières argentines. Cette maison n’est pas celle que j’ai préféré parmi toutes celles que nous avons vu, mais il fallait bien finir par plonger… Maintenant, au boulot… enfin, juste après le champagne, du champagne argentin pour une fois !

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Notre « ange » gardien…

27 janvier 2009 · Un commentaire

Notre lutte contre les cafards continue. Après une accalmie, ils s’excitent de nouveau. Moi, je me professionnalise ! Ne plus les écraser d’un coup de talon (c’est ce qu’ils disent sur Internet) parce que si c’est une femelle, vous mettez des œufs partout après… Chercher tous les recoins dans les murs, les plaintes, les prises pour y mettre quelques gouttes de mon gel insecticide qui devrait déjà avoir tué tous les cafards de Buenos Aires, vu la quantité appliquée dans la maison… De partout nous viennent des messages d’encouragement… Non je blague, mais le combat continue !

 

Pendant ce temps, nous progressons lentement dans le grand nettoyage. En plus, la chaleur est étouffante en ce moment. Un travail de titan tant la maison est pleine de cochonneries en tout genre. Allez, pour la route, après les cafards, vous voulez voir une autre de nos découvertes ?

 

 

Ca devient gore ce blog !

Ca devient gore ce blog !

Vous pouvez imaginer mes cris quand je suis tombé nez à nez avec ce rat mort et totalement sec !

 

Le soir nous attendons Abelino qui nous relaie pour la nuit dans la maison. Abelino, petit homme à la peau mate, avait été embauché par l’agence immobilière pour éviter que la maison ne soit squattée. Comme nous pensons attendre quelques semaines avant de nous installer, nous l’avons repris pour qu’il continue sa surveillance.

 

Abelino n’a pas d’âge ou plus d’âge. Il est possible qu’il ait entre 30 et 60 ans, mais rien ne permet de vraiment parvenir à la moindre certitude. Le jour, il vit de petits boulots, du jardinage, du terrassement et la nuit du gardiennage. Il est de la province de Buenos-Aires, ce qui peut signifier à quelques kilomètres d’ici, puisque la Capitale Fédérale qui est uniquement la ville de Buenos Aires est entourée, les argentins diraient « cernée », par la province de Buenos Aires, toute autre entité administrative avec sa capitale (La Plata) et son gouverneur… Disons qu’ici, quand un porteño parle de « quelqu’un de la province » (« Es de la Provincia »), c’est un peu comme un habitant du XVIe arrondissement qui parlerait de quelqu’un de Sarcelles !

 

Mais revenons à Abelino qui après avoir eu quelques problèmes avec l’alcool est devenu évangéliste… Quand on lui parle, il est clair que son Dieu ne lui a pas fait que des cadeaux. Il semble même que sa dure vie se soit directement servie sur sa personne puisqu’il lui manque la quasi-totalité des dents de devant et un doigt. Il lui manque d’autres choses aussi, enfin disons qu’il est « un peu à l’ouest »…On comprend qu’il soit une parfaite recrue pour les églises évangélistes qui pullulement ici.

 

Le soir, il sort son petit poste de radio et l’écoute assis devant la porte de la maison, sur le trottoir en discutant parfois avec les passants. C’est un peu notre « ange » gardien ! Enfin, disons que c’est plus un gardien qu’un ange… Quoique son église évangéliste fera peut-être des miracles. Qui sait ?

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Nous survivrons à toutes les guerres !

26 janvier 2009 · 2 commentaires

Donc, nous y voilà… Les clés de La Maison dans une main, un balai dans l’autre. Enfin, un balai mais aussi des serpillières, des éponges, de l’eau de Javel, des sacs-poubelles et surtout, innocents que nous sommes, une bombe d’insecticide contre les cafards ! Parce que la première surprise en arrivant a été de trouver le sol de la maison jonché de dizaines, pour ne pas dire de centaines de cafards morts mais aussi quelques-uns encore bien vivants…

Tout le monde s'éclate, à la queue leu leu !!!

Tout le monde s'éclate, à la queue leu leu !!!

Petite (pour une fois) parenthèse. Cafard en espagnol se dit  ”cucaracha” comme dans une autre très célèbre chanson :

“La cucaracha, la cucaracha,

Ya no puede caminar,

porque le falta,

porque no tiene,

las dos patitas de atrás…”.

 

“Le cafard, le cafard…

Il ne peut pas marcher,

parce qu’il lui manque,

parce qu’il n’a pas,

Ces deux petites pattes arrière…”

Ici, le cafard qui est du genre féminin (la cucaracha) et non masculin ne semble pas aussi mal vu qu’en France peut-être grâce à cette chanson d’origine mexicaine…

Toutefois attention ! Quand je vous parle de  ”cafards”, je ne vous parle pas de ces petites bêtes d’un demi-centimètre maximum, grassement nourris par les vide-ordures de certains immeubles de Paris ou de la banlieue parisiennes (suivez mon regard !). Non ici Le Cafard fait dans les 2, 3 et parfois pas loin de 4 centimètres.

La prochaine fois, je fais la photo à côté d'un mètre !

La prochaine fois, je fais la photo à côté d'un mètre !

Il n’est pas du genre trouillard comme ces collègues du « primer mundo », il est même parfois limite agressif. Il est chez lui et tient à le faire savoir… D’ailleurs nos bombes insecticides semblent lui faire autant d’effet qu’une effluve d’aérosol de la marque Axe sur une américaine !

Donc, comme il est prévu que d’ici quelques semaines nous vivions dans cette maison et non que nous y  ”cohabitions” avec une armée de blattes, je me suis penché avec pour l’instant un résultat mitigé sur leur sort. Sur Internet, les conseils sont nombreux, mais il semble que le mieux soit encore ces petites seringues d’un gel dont il faut parsemer les lieux de passages de nos ennemis. J’en suis à une trentaine de seringues et si le nombre des combattants du camp adverse semble avoir baissé, la bataille va visiblement durer encore quelques semaines. Au pire, nous pensons en finir en essayant une entreprise spécialisée parce que franchement j’ai pas envie de prendre deux fois ma douche avec un cafard, comme cela a été le cas hier !

La guerre semble donc loin d’être gagnée et comme le disait l’autre jour Nelida (ma belle-mère), avec une pointe de fatalisme et beaucoup de pessimisme :  Les cafards sont les seuls animaux qui survivent à toutes les guerres !”

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« Marcos, cette nuit, j’ai rêvé que je signais un truc… »

18 janvier 2009 · Un commentaire

Donc, dans la rubrique « Notre projet », nous en étions au mois de novembre dernier à négocier l’achat d’une maison de 600 m2 avec des trous dans le plancher… La négociation a été rapide pour une fois ! L’agent immobilier, à première vue, un peu plus « commerçant » que les autres nous assurait, nous promettait, nous certifiait, nous jurait, (etc.) de pouvoir obtenir 20 % de rabais auprès des vendeurs ce qui rendait le prix acceptable compte tenu des travaux importants à faire. Deux jours plus tard, il nous annonçait sans l’ombre d’un début de mea-culpa que les vendeurs ne baisseraient pas d’un dollars leur prix !

Faut quand même être un sacrément mauvais agent immobilier pour ne pas savoir faire comprendre aux vendeurs d’une maison, alors que l’immobilier n’est pas au mieux de sa forme, qu’il faut au moins prévoir quelques pourcents à la baisse pour qu’une négociation sérieuse s’engage surtout quand la maison est dans un tel état… Enfin, « Anda la mierda », comme ont dit ici…


Pendant ce temps, la « maison aux vitraux » s’éloignait de plus en plus même si pour moi, le « deuil » de cet endroit si beau n’est pas encore fait. Notre avocat, pourtant grand optimiste, n’y croit plus. Cette maison finira démolie comme une partie du patrimoine historique de Buenos-Aires et les familles Seligmann et Serantes (j’ai décidé de balancer leurs noms, ça soulage !) auront modestement participé à ce massacre avec leur égoïsme de petits bourgeois…

Donc, nouvelles visites… Nouvelles agences immobilières… Un horrible immeuble à San Telmo donnant par une cour commune sur les couloirs d’un « hôtel familiar », le tout cerné par un énorme terrain vague sur lequel plusieurs immeubles doivent être édifiés…


- « Marcos, c’est quoi ce bruit ? »

- « C’est rien, juste les marteaux-piqueurs des travaux à côté ! »

- « Marcos, c’est quoi ces lézardes dans le mur de la chambre ? »

- « C’est rien, juste le parking souterrain qu’ils creusent ! »


Nous avons donc repris nos visites… Plus d’un an à visiter des grandes, des petites maisons, des grands, des petits taudis, des palais généralement petits, des ruines généralement grandes, de tout… Mais toujours dans les quartiers sud de Buenos-Aires.


Je dois faire ici une petite parenthèse (oui, je sais, une de plus… Je ne sais pas faire court…). Buenos-Aires est une ville coupée en deux, un peu comme Paris avec la « rive droite » et la « rive gauche ». Sauf qu’ici, la limite, pour ne pas dire la « frontière », c’est « l’avenida Rivadavia. D’un côté de cet axe important (un énorme boulevard à la circulation impressionnante) se trouvent les quartiers dit « quartiers nord » et de l’autre les « quartiers sud ». D’un côté, au nord, les riches et de l’autre les pauvres et je ne caricature presque pas. Il y a des gens qui ne franchissent jamais cette « frontière », surtout ceux du nord ! Du coup, l’immobilier voit les prix s’envoler dès que l’on passe au nord, dès l’avenue Rivadavia traversée. J’avais au départ pensé que notre intérêt, même s’il était de se rapprocher des « quartiers nord », était de rester du « mauvais côté » de l’avenue Rivadavia, afin d’avoir une plus grande surface et un meilleur prix…


Mais bon, plusieurs annonces de l’autre côté de cette avenue Rivadavia ont retenu notre attention. Des maisons plus petites : 300, 400 m2. Alors nous y sommes allés. Et tout d’abord, nous avons trouvé une maison un peu folle, aménagée par un dame un peu « barrée » !


Au rez-de-chaussée, un petit living ouvrant sur une jolie petite cour pavée pleine de plantes… Un living traversé par une passerelle en métal, passerelle d’une utilité toute relative. Dans les étages, plein de petites pièces desservies par un escalier sombre dans lequel ont été insérées des amphores ! Comme je suis curieux, pendant la visite, je glisse la main dans les amphores et j’y découvre de la terre… C’est la dame de l’agence immobilière (dont je vous parlerais plus tard…) qui me donne l’explication : au-dessus de chaque amphore, une lampe a été installée et cette lampe permet de faire pousser des plantes avec des ampoules spéciales ! Tout dans cette maison est un peu comme cela. Les toilettes, bonjour la discrétion, ont un mur en brique de verre ou la cuisine est… au dernier étage, sous les toits ! La chambre de la « maîtresse de maison » donne sur une salle de bains avec une immense baignoire Jacuzzi face à laquelle se trouve un lavabo, permettant peut-être de se laver les dents en admirant son amant barboter dans la mousse (ou le contraire !).


Le quartier est très chic, la maison ne manque pas de charme même si les aménagements font un peu penser à une « albergue transitorio » . La vendeuse de l’agence immobilière est aussi « barrée » que la propriétaire que nous n’avons pas rencontré. Elle nous expliquera avoir des acheteurs très intéressés pour y installer un… club échangiste ! C’est vrai que le décor s’y prête. Elle passera deux heures à nous raconter sa vie, ses amis homos, ses amours, ses deux « porte-clés » (en fait deux petits chiens minuscules dont je n’ai pas réussi à voir la « marque » derrière les vitres fumées de son gros 4X4 garé sur le trottoir !).


Si cette maison est parfaite pour y vivre, impossible d’y installer un quelconque commerce à mois de la refaire entièrement, ce qui coûterait une somme folle en plus de son prix déjà élevé. Alors nous avons dit non et repris nos visites.


Et puis un jour Marcos repère une annonce dans un journal gratuit je crois… Enfin, pour une fois pas sur Internet. Souvent ces petites annonces proposent comme seul contact des horaires de visites. Comme c’était un dimanche et que ce jour-là les agences immobilières ne travaillent pas, nous sommes donc allés sur place. Là aussi il s’agit d’une maison du côté nord de Rivadavia et donc une surface moins importante, autour de 350 m2. C’est un vrai petit immeuble avec une boutique au rez-de-chaussée (une librairie encore ouverte à l’époque de notre première visite mais fermée depuis… ) et deux étages au dessus, et enfin le classique toit en terrasse typique à Buenos-Aires. Comme la précédente maison, les pièces y sont petites pour ici. Souvent à Buenos-Aires, les grandes maisons ont été découpées pour y aménager plusieurs pièces dans une grande.

Je dois dire qu’à la première visite je n’ai pas été enthousiaste sur la maison en particulier parce qu’elle possède 3 niveaux pour moins de 350 m2 au total, ce qui signifie un espace assez limité pour le rez-de-chaussée, la partie que nous voudrions commerciale. Pour vous donner un exemple (pour ceux qui suivent !), la « maison aux vitraux » avait un rez-de-chaussée de près de 500 m2… Marcos, lui est enthousiaste. Le quartier, il est vrai très sympa, la façade, le style, les étages supérieurs, tout lui plaît.

Quelques photos:

Un bout de la façade entre deux arbres...

Un bout de la façade entre deux arbres...

L'escalier principal et la porte d'entrée en fer forgé...

L'escalier principal et la porte d'entrée en fer forgé...

Le hall d'entrée d'un étage...

Le hall d'entrée d'un étage...

L'une des chambres... à restaurer!

L'une des chambres... à restaurer!

Mais il y a pas mal de travaux à faire et l’agent immobilier nous dit dès le départ qu’une négociation pour faire baisser le prix sera quasi impossible. Cet argument convainc Marcos de donner une réponse négative à l’agence.


Quelques jours plus tard, la même agence nous rappelle pour nous dire que le prix pourrait baisser de 20 % environ. Cela devient donc intéressant même si je reste plus que dubitatif sur les possibilités commerciales du lieu. Les négociations s’engagent. L’agent immobilier, notre notaire (quelle femme fantastique…), notre avocat (tout aussi génial…), tout le monde s’y met. Mais voilà : une fois de plus, les propriétaires n’ont pas entre les mains les papiers qu’il faut, un grand classique ici ! Nous découvrons aussi qu’ils sont pris par le temps. Leurs locataires (en particulier la librairie du rez-de-chaussée) s’en vont et ils ont peur d’un autre grand classique ici, « una tomada », c’est-à-dire que des squatteurs s’installent dans la maison.

L’agent immobilier nous propose donc de signer « un boleto » qui nous donne la possession et devrait nous permettre d’attendre le passage devant le notaire. Une solution qui ne me plaît pas du tout. Mais là encore, l’enthousiasme de tout le monde, notaire, avocat, Marcos, belle-mère, ami architecte… me pousse à céder. Comme dans ce pays un problème appelle toujours un autre problème, pour signer ce « boleto », il faut donner en liquide et en dollars une partie du prix de la vente finale. Il nous faut donc changer en dollars, les euros que nous avons… du temps où l’euro valait 1,60 dollar. Soupirs.


Nous faisons le tour des banques et des agents de change pour trouver le cours le plus avantageux. Et là, nous avons bien failli être victimes d’une sacrée escroquerie : Imaginez (pour ne pas dire exactement la somme à changer), que nous avions 947 dollars (par exemple) à trouver pour les apporter à l’agence immobilière. Nous voilà donc au guichet avec nos 694 euros (l’équivalent des 947 dollars…) et l’employé de change me remet ce que je crois être cette somme en dollars. Je compte et je recompte, mais suis pris d’un doute sur la somme à fournir à l’agence immobilière. Marcos me rassure, enfin pour dire vrai, comme c’est quelqu’un pour qui comme beaucoup d’Argentins, l’argent se cache le plus vite possible, il s’énerve un peu pour me dire que c’est bon. Nous voilà donc sur le trottoir et là, je lui fais part encore plus énergiquement de mes doutes… Enfin, on s’engueule quoi ! Et bien que l’argent soit cachée dans mes sous-vêtements, donc difficile à vérifier, je découvre d’un seul coup que je venais de compter et de recompter la même somme en dollars qu’en euros ! Le guichetier venait de me refiler en dollars ce que nous voulions changer avec nos euros ! Un cauchemar et surtout la honte d’avoir été pris pour des « bleus » !

Demi-tour, je retourne la gueule rouge sang, les mains moites et les jambes tremblantes dans les locaux pour tomber dans un état de nervosité qu’il vous est possible d’imaginer sur le guichetier tout sourire. L’employé voyant mon visage, perd son sourire et prenant peut-être peur, m’annonce une erreur de sa part ! Une erreur qu’il aurait, en fin de journée, soi-disant vu dans sa caisse pour nous recontacter ensuite… « Anda la mierda ! », comme ont dit ici ou « Mon cul » comme ont dit chez nous !


Nous avons repris un taxi, mon slip un peu plus « gonflé » après avoir évité d’être victime d’une belle escroquerie… Mais toute cette histoire m’avait démontée. Je me suis souvenu de mon père à qui un ami argentin disait qu’ici c’est « un pays de voleurs » ! Et là, quelques heures avant la signature du fameux « boleto », j’ai craqué. J’ai dit « stop ! ». Ça suffit. Je veux plus rien signer pour le moment dans ce pays. Au téléphone, l’agent immobilier, comme vous pouvez l’imaginer, était furieux d’autant que le vendeur de la maison était devant lui, nous attendant. Mais cet agent immobilier a été un peu plus intelligent (ou intéressé) que les autres et nous à laisser quelques jours, le temps que je reprenne mes esprits.


J’ai passé deux jours à ruminer du « stop ou encore ? ». Un an et demi à supporter des agents immobiliers qui veulent vous faire visiter une maison dont les serrures ont été changées parce que cela fait plus d’un mois qu’elle a été vendue. Un an et demi à négocier avec des vendeurs qui reviennent vers vous en augmentant le prix de départ parce que vous êtes étrangers… Un an et demi de promesses foireuses à perdre son temps et son argent (Cf. familles Seligmann et Serantes…). Tout cela valait bien un gros coup de fatigue.


Et puis… La magie de l’été Argentin aidant… Je me suis dit que nous n’allions pas encore passer 6 mois à chercher une maison. Qu’il était temps de se jeter à l’eau pour affronter les petits requins ou les gros piranhas de ce continent ! Alors nous avons signé. Nous sommes presque, enfin je suis presque propriétaire d’une maison à Buenos-Aires avant la signature définitive dans quelques semaines devant notre notaire… Nous avons les clés et nous allons commencer par faire un grand nettoyage qui s’annonce assez terrible… Mais de tout cela je vous parlerai dans les jours qui viennent. En effet, pour l’instant, il va falloir attendre un peu que nous ayons Internet dans nos « nouveaux locaux », notre nouvelle maison dans la zone nord du quartier de Caballito… à Buenos-Aires.

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